« L’irrigation, c’est 40 % de la production mondiale, avec un cinquième de la superficie. » C’est en ces termes que François Brelle, ancien président de l’Association française pour l’eau, l’irrigation et le drainage (AFEID) a introduit ce 18 mai 2017 au salon HydroGaïa le débat sur le thème « Quelle irrigation pour demain ? ». C’est dire si l’irrigation devient un enjeu stratégique.

François Brelle complète même son constat en précisant que l’irrigation « a un rôle croissant face aux effets du changement climatique, même en France ». Aussi incontournable que puisse être l’irrigation, le sujet reste toutefois complexe et sensible. Cet enjeu ne lui fait pas oublier par exemple les impacts des prélèvements sur nos milieux de vie, salinisation, pollutions et dégradations en tête. Dès lors, il faudrait « apporter l’eau nécessaire au bon moment […] Finies les 30 glorieuses, aujourd’hui l’irrigation doit être respectueuse de l’environnement ».

Quelles seront les réponses de demain ?

Si l’on entend souvent rabâcher le credo « we must feed the world » – littéralement « il faut nourrir le monde », par les lobbyistes du monde entier, Jean-Louis Rastoin, professeur à Montpellier SupAgro prend à contre-pied cette communication de masse. « Il y a suffisamment de nourriture sur terre pour tout le monde », avance-il, avant de préciser que « si l’excédent de production est bien réparti, tous les besoins sont couverts. […] Dans le même temps, nous avons doublé les surfaces mondiales irriguées ces quarante dernières années. »

Pour Jean-Louis Rastoin, une des clés de l’irrigation à l’avenir est d’ajuster l’offre à la demande. « Il faut raisonner sur une logique de bassins versants, complète-t-il. Et il faut renforcer le stockage, on a besoin de stocker pour améliorer la sécurité alimentaire. » Le professeur estime qu’il faut donc augmenter l’offre en eau, par l’aménagement de bassins versants et par une bonne distribution. Il pointe aussi les réductions de pertes potentielles.

Des réalisations en cours

Dans l’Hexagone, des décideurs publics engagent des mesures pour diminuer les risques d’approvisionnements futurs des populations en eau, irrigation incluse. C’est par exemple le cas de BRL qui profitait du salon HydroGaïa pour communiquer sur le projet Aqua domitia, dont il est maître d’ouvrage. Lancé par la Région Occitanie, ce vaste chantier consiste à prolonger de 150 km le réseau hydraulique régional pour un coût de 220 millions d’euros.

L’eau du Rhône sécurisera ainsi les besoins des territoires situés entre Montpellier et Narbonne. 4 000 ha sont déjà desservis depuis 2012 et 4 000 nouveaux hectares devraient l’être dans les cinq prochaines années, précise-t-on du côté du groupe BRL. Ce programme Aqua domitia, parmi les plus importants du pays, est pensé comme complément et il est volontairement limité à un débit maximal de 2,5 m³/s.

L’innovation déjà en marche

Goutte-à-goutte et capteurs se retrouvent au centre des solutions. Car faute d’adhésion au concept d’agroécologie dans différentes régions du monde, ce sont pour le moment des leviers technologiques qui représentent des sources d’économies potentielles considérables. « Le dessalement de l’eau de mer devient aussi compétitif lorsqu’il est adossé à une production d’énergies renouvelables », estime Jean-Louis Rastoin.

« Le recyclage des eaux usées est aussi encourageant en Israël. » Jean-Marc Bournigal, président de l’Irstea, tempère cependant les avancées dans le domaine car, en ce qui concerne la France, si ce recyclage peut « contribuer à l’économie circulaire, il y a encore un travail à mener sur la charge microbiologique. On commence à avoir des résultats avec l’Inra, mais nous n’avons pas encore d’éléments assez fournis à présenter face aux exigences de l’Anses ».

L’implication des irrigants est une clé

De l’avis général, pour tout projet futur sur de l’irrigation, l’implication des irrigants eux-mêmes forme une garantie de réussite. Jean-Luc François, chef de l’agriculture à l’Agence française de développement, va même plus loin en déclarant qu’il ne croit ainsi pas en l’attribution de la compétence réseau juste « à une société ».

« Par contre, une exploitation mixte intégrant public, agriculteur… dans le contexte agricole du pays paraît être une bonne solution de gestion collective privée au service de l’eau », ajoute-t-il. « Une multiplicité des acteurs avec le plus d’exhaustivité possible est à prendre en compte, résume François Brelle. Les solutions sont déterminées avec la plus grande diversité possible. »

Vincent Gobert