Après trois années difficiles pour les céréaliers, l’OPG, la branche céréalière de la Coordination rurale, affirme ses positions : la réussite du secteur ne dépendra pas du système assuranciel, « un piège qui ne sert qu’à la redistribution des aides européennes », mais des stratégies de commercialisation. Et sur la scène internationale, le syndicat souhaite mettre en place « l’exception agriculturelle », au même titre que l’exception culturelle, comme l’a expliqué Nicolas Jaquet, le président de l’OPG, lors du congrès annuel, ce 31 janvier 2017.

L’exportation, pointée du doigt

« L’agriculture est en situation légitime pour obtenir une exception dans les accords commerciaux, avance-t-il. Ce n’est pas un repli sur soi, ni un contrôle des frontières, mais un contrôle des échanges. Avec l’élection de Donald Trump, n’est-ce pas le moment de rebattre les cartes et de repenser les relations internationales ? » La Coordination rurale pointe, par exemple, l’exportation de blé vers des pays tiers, comme la zone de la Méditerranée, « qui n’est pas notre marché naturel. Il est urgent de rééquilibrer nos productions en fonction des besoins du marché européen ».

Eve Fouilleux, chercheuse au CNRS, est intervenue lors du congrès et a corroboré ces propos. « L’exportation est réservée à une petite élite de l’agriculture. Comment imaginer que la France soit compétitive par rapport au Brésil ou aux États-Unis ? C’est une erreur de stratégie commerciale. » Le concept « d’exception agriculturelle » fait son chemin dans la société. Créé par la CR en 1993, il est repris peu à peu par des intellectuels comme Michel Serre, qui parle d’« exception agricole » ou par des collectifs de citoyens.

Des « circuits courts » pour les céréales

Au niveau national, l’OPG prône au contraire davantage de libéralisme et se bat contre l’obligation de passer par des organismes collecteurs. Pour le syndicat, il n’est pas normal que les coopératives, dont le rôle est de créer de la richesse, vendent les grains aux prix mondiaux. Nicolas Jaquet a appelé les producteurs à passer outre cette obligation et à vendre en direct leurs grains à des éleveurs ou à des minotiers. « Nous demanderons aux juges français de saisir soit le Conseil constitutionnel, soit la Cour de justice de l’Union européenne afin de faire reconnaître cette réglementation comme non conforme au droit européen et français en vigueur », a-t-il conclu.

Aude Richard