Convaincre la FNSEA risque de ne pas être de tout repos pour le ministre de l’Agriculture concernant la décision française de sortir du glyphosate d’ici à trois ans. Interrogée sur Europe 1 ce 28 novembre 2017, Christiane Lambert n’a pas caché son incompréhension. « Ce n’est pas normal, lance-t-elle. Je ne comprends pas la réaction de Monsieur Macron. Pourquoi tourner le dos à cette Union européenne à laquelle il est très attaché ? Quand, en plus, le candidat Macron avait dit que dans une Union européenne, nous devons tous avoir les mêmes règles du jeu. »

La présidente de la FNSEA ne met pas seulement en avant les distorsions de concurrence potentielles de cette décision franco-française. « L’Inra a dit : nous ne pouvons pas trouver une solution en moins de cinq à sept ans. Il faut écouter les scientifiques et pas raisonner seulement le temps politique pour dire c’est sur mon mandat que le sujet s’est réglé. Pour l’automobile, Monsieur Macron a dit 2040. Pourquoi pour l’agriculture ça serait juste trois ans ? Ce n’est pas sérieux. »

« Trop court »

Quant à l’AGPB, l’AGPM, la CGB et la FOP, elles « désapprouvent totalement la position française [lors du vote]. Cinq ans, […] c’est déjà beaucoup trop court. Trop court déjà quand on sait qu’il n’y a aucun fondement scientifique pour mettre fin à l’utilisation du glyphosate. Trop court toujours quand on sait qu’à l’heure actuelle, il n’existe aucune alternative viable économiquement et satisfaisante d’un point de vue environnemental. »

Les quatre organisations attirent aussi l’attention sur les conséquences économique de cette décision. Elles jugent le délai « trop court quand on vit au quotidien dans le principe de réalité économique qui veut qu’au niveau international, les autres producteurs peuvent l’utiliser sans contrainte. Les producteurs […] sont abasourdis. Eux qui savent tout ce que l’agriculture a apporté à la construction européenne, eux qui prônent la relance du projet européen par le maintien d’une politique agricole réellement commune, eux qui refusent le repli sur soi sous couvert de subsidiarité. »

« Il faut affronter la logique de compétition sur les prix »

De son côté, la Confédération paysanne est davantage en phase avec l’annonce d’Emmanuel Macron. Elle condamne la décision bruxelloise « qui repousse encore la sortie de cet herbicide. […] Face à l’inertie européenne, [le syndicat assure dans un communiqué diffusé ce 28 novembre 2017, qu’il] défendra des démarches unilatérales des États, à condition que celles-ci s’insèrent dans un réel projet de sortie des pesticides. »

« Nous réaffirmons que les alternatives techniques existent mais conditionner chaque annonce sur les pesticides à une approche exclusivement technique est insuffisant. Si elles ne sont pas massivement utilisées par les paysan.ne.s aujourd’hui, c’est en grande partie pour des raisons économiques. Pour sortir des pesticides, il faut avant tout oser affronter la logique de compétition sur les prix à laquelle les paysan.ne.s doivent faire face pour obtenir un revenu. »

« Nous demandons le retrait le plus rapidement possible du glyphosate, assorti des mesures économiques et commerciales qui permettront aux paysan.ne.s de travailler et d’avoir un revenu sans ce symbole de l’agro-industrie qui les empoisonne. » Et pour financer ces mesures économiques, le syndicat propose d’utiliser les 5 milliards d’euros du plan d’investissement promis par Emmanuel Macron pour la transition agricole.

La Confédération paysanne estime que « ces alternatives, pour beaucoup demandent principalement du temps de travail supplémentaire. Nous précisons que miser sur la robotique ruinerait la collectivité au profit d’une minorité de paysan.ne.s. » Le syndicat évoque aussi le second pilier de la Pac comme outil financier, avant d’ajouter que « si une clause de sauvegarde a été une option nécessaire sur le diméthoate, qu’elle en soit une pour le glyphosate »