En 2015, il avait appelé le commissaire européen à la Santé à ne pas tenir compte de l’avis de l’Efsa (Autorité européenne de la sécurité des aliments) qui concluait que le glyphosate n’était pas cancérigène. Cette fois, c’est au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et aux directeurs des agences en charge de l’évaluation des produits phytosanitaires, qu’il a adressé une lettre ouverte, avant-hier (le 28 mai). Le toxicologue Christopher Portier y remet en cause les conclusions des agences européennes qui ont évalué le glyphosate.

Des études non prises en compte

Pour cela, il se fonde sur l’analyse des données rendues publiques et qui portent sur la santé des rongeurs (souris et rats) après exposition au glyphosate. De son analyse ressortent « huit cas de hausses significatives de la fréquence des tumeurs ». Ces tumeurs touchent, selon les études, les poumons, la thyroïde, les reins, la peau, le foie, les glandes mammaires ou « tous les tissus ».

Le problème ? Ces études ne sont pas incluses dans les évaluations menées par l’Efsa et l’Echa (Agence européenne des produits chimiques). Pour remédier au fait que les évaluations des « données sur le glyphosate sont scientifiquement erronées », le toxicologue demande que ces « évaluations soient répétées pour tous les paramètres toxicologiques et que les données sous-jacentes à ces évaluations soient publiées ».

« Cela commence à faire beaucoup »

« Ce nouveau témoignage mettant en lumière les dangers du glyphosate vient télescoper l’annonce la semaine passée de la Commission européenne elle-même expliquant, à la surprise générale que, selon elle, le dossier était clos », a réagi Éric Andrieu, eurodéputé du groupe Socialistes et Démocrates, dans un communiqué paru ce jour.

Lui et son collègue belge Marc Tarabella réclament une « mise à disposition publique des études scientifiques » sur lesquelles l’Efsa et l’Echa se sont appuyées. Pour eux, la proposition de la Commission européenne de renouveler l’autorisation du glyphosate pour 10 ans ne signe donc pas la clôture du dossier. Les eurodéputés de leur groupe ont demandé qu’une audition sur celui-ci ait lieu au Parlement européen, et il se pourrait qu’elle soit suivie d’une enquête parlementaire.

Pour l’eurodéputée du groupe Verts/ALE Michèle Rivasi, ce nouvel élément, ajouté aux « Monsanto papers [qui avancent] la preuve que Monsanto a caché au public un rapport […] qui soulignait les potentiels mutagènes du glyphosate », « commence à faire beaucoup ». Elle estime qu’il serait « criminel » de la part de la Commission européenne de renouveler le glyphosate pour 10 ans.

Opposition toujours forte au glyphosate

En plus de Christopher Portier et des eurodéputés, l’opinion publique se mobilisent pour que le glyphosate ne soit pas réapprouvé au niveau européen. Près de 800 000 Européens ont signé l’initiative citoyenne européenne contre l’herbicide (796 274 au moment de la publication). En France, Romain Colas, député-maire de l’Essonne, s’adressait au président de la République lui demandant de s’opposer fermement à la commercialisation du glyphosate.

A. Cas.