Faisant suite à la publication de son avis sur le caractère cancérogène pour l’homme du glyphosate, l’Anses a mis en place en février 2016 un groupe de travail pour évaluer les risques liés au coformulants présents dans les produits phytopharmaceutiques. Une première partie des conclusions de leur évaluation est parue aujourd’hui, le 20 juin 2016, et concerne les produits à base glyphosate.

« L’absence d’effet nocif pour la santé et l’environnement est une des conditions prévues au titre du règlement européen (article 29) pour l’autorisation de produits phytopharmaceutiques. Des risques inacceptables, notamment pour la santé humaine, ne pouvant être exclus pour ces produits, les conditions prévues à l’article 29 du règlement européen (n° 1107/2009, NDLR) ne sont pas vérifiées », précise la note de l’Anses parue aujourd’hui sur son site internet.

Cette conclusion est proche de celle apportée par l’évaluation toxicologique des POE-tallowamines de l’Efsa (1), publiée le 12 novembre 2015, qui précisait qu’elles étaient « clairement plus toxiques que le glyphosate lorsqu’il est testé dans des formulations à base de glyphosate ».

Des produits pour les professionnels et les amateurs

Les 132 produits retirés du marché sont tous des herbicides, sous des marques à destination des professionnels comme des jardiniers amateurs. « 29 produits amateurs sont concernés, dont certains sous la marque Roundup », précise Elena Seite, responsable des relations de presse de l’Anses.

Aucune liste n’est publiée à ce jour, mais les titulaires des autorisations de mise sur le marché de produits à base de glyphosate contenant de la POE-tallowamine, informés depuis avril des intentions de l’Anses, doivent maintenant procéder à leur retrait.

Les tallowamines et le glyphosate en Europe

Cette nouvelle arrive 4 jours avant la réunion du Comité d’appel formé pour procéder à un vote sur le prolongement de l’autorisation du glyphosate, et 10 jours avant la date officielle de fin d’autorisation du glyphosate sur le marché européen.

Lors du vote en comité d’appel prévu ce 24 juin 2016, Bruxelles devrait proposer aux États membres les mêmes conditions que celles annoncées en amont du vote du 6 juin. Ces dernières sont une prolongation de 12 à 18 mois de l’autorisation actuelle du glyphosate assortie de recommandations portant sur les tallowamines en tant que coformulants, le recours au glyphosate dans les lieux publics et l’usage du glyphosate en prérécolte.

Selon les déclarations de Ségolène Royal à son arrivée à un conseil des ministres de l’Environnement européens ce 20 juin 2016, relayées par l’AFP, la position de la France, serait un vote contre le renouvellement du glyphosate. Lors du dernier vote le 6 juin dernier, la France et 6 autres pays s’étaient abstenus, et seule Malte avait voté contre.

A.Cas.

(1) Agence européenne de sécurité des aliments.

N.B. : POE tallowamines = « polyethoxylated tallowamines » = « amines grasses de suif polyéthoxylées » en français.