Suite à la présentation du Gouvernement hier en Conseil des ministres d’une communication sur la gestion quantitative de l’eau, le syndicalisme majoritaire (APCA, FNSEA, Irrigants de France, Jeunes Agriculteurs) s’est félicité dans un communiqué publié le 10 août 2017, de « la volonté exprimée conjointement » par les ministres de la Transition écologique et de l’Agriculture « de mener une politique de gestion de l’eau globale qui permette d’anticiper au mieux les défis prégnants liés au changement climatique tout en associant pleinement les territoires ».

« Pertinence et durabilité » des nouveaux projets

« La problématique de l’irrigation se pose pour de nombreux agriculteurs qui voient dans le stockage de l’eau une solution indispensable à la pérennité de leur exploitation », soulignent les syndicats. Ils saluent donc l’encouragement par les deux ministres pour la création de nouveaux projets de stockage « pour lesquels pertinence et durabilité seront les maîtres mots. »

Pour ces organisations professionnelles agricoles, « l’irrigation est un facteur sine qua non de production ». C’est pourquoi elles voient d’un bon œil la décision de créer une cellule d’expertise. « Elle prend tout son sens car elle s’assurera de lever les blocages pour permettre la réalisation des projets en cours et l’émergence de nouveaux, estiment-elles. Nous demandons qu’elle s’accompagne d’un plan d’action quantifié et d’un calendrier défini. »

« Échaudés par de très nombreuses années d’inertie sur ce sujet », la FNSEA, JA, l’APCA et Irrigants de France « demandent à être associés aux futures discussions et veilleront à la concrétisation rapide de ces mesures encourageantes, très attendues par les agriculteurs et les acteurs du territoire. »

La ressource en eau doit être augmentée, selon la CR

Autre son de cloche du côté de la Coordination rurale qui estime au contraire que Nicolas Hulot et Stéphane Travert « tournent le dos à l’agriculture ». Le syndicat se dit déçu « par la présentation des actions sur la gestion de l’eau qui ne répondent aucunement à leurs attentes et besoins ». Et regrette que le mot « irrigation » n’ait pas été cité dans la communication gouvernementale.

« L’irrigation ne représente pourtant que 4 % des besoins en eau de l’agriculture, soutient la Coordination. Elle constitue la meilleure assurance récolte ; elle est à l’agriculture ce que la sauvegarde est à nos ordinateurs. Qui accepterait de perdre toutes ses données une année sur trois ? »

Le syndicat argumente sur le fait que « développer une « agriculture plus économe en eau » signifierait : plus de blé que nous ne savons pas où vendre, moins de culture de maïs et donc plus d’importations de maïs OGM au sein de l’Union européenne. De plus, si nous voulons améliorer notre approvisionnement en protéines végétales pour ne plus dépendre des importations de soja OGM, nous aurons besoin de développer le soja qui est une culture irrigable. »

Pour la Coordination rurale, « la ressource en eau doit être augmentée afin d’assurer la régularité de la production agricole. Il n’est pas question de réserver les augmentations de ressource prévues aux loisirs ou aux besoins domestiques. »

« Une fuite en avant », estime la Confédération paysanne

Quant à la Confédération paysanne, elle estime que l’eau, « cette ressource vitale pour toutes les formes de vie sur terre mérite mieux que quelques phrases pleines de bonnes intentions, mais qui ne remettent pas en cause les pratiques passées ! »

« Derrière les annonces vagues qui ont été faites hier, le gouvernement vise la simplification pour libérer la ressource, regrette le syndicat. Alors que l’idée sous-jacente est de favoriser la prolifération de réserves, nous rappelons que, non, les pluies hivernales ne tombent pas pour rien mais participent au cycle naturel de l’eau. »

La Confédération paysanne considère qu’« abreuver, à coup de subventions publiques, des systèmes agricoles intensifs déjà à forts impacts négatifs sur les ressources naturelles, c’est adopter une posture de fuite en avant irresponsable face aux enjeux graves du dérèglement climatique en cours. »

Selon elle, la priorité doit être donnée à la « transition vers des pratiques agricoles » qui cherchent les économies d’eau (assolements, variétés adaptées aux milieux naturels…). « La gouvernance de l’eau doit absolument être revue pour stopper l’accaparement par une minorité », soutient le syndicat.

La Confédération paysanne estime enfin que l’irrigation « ne doit pas servir à entretenir un système agricole intensif. En ne s’attaquant qu’aux conséquences des changements climatiques par le biais d’une adaptation coûteuse et inégalitaire, les pouvoirs publics poursuivent l’enfermement des paysans dans un cycle destructeur. »

I.E.