Pour l’instant, ce ne sont ni les céréaliers au début de la chaîne, ni les boulangers à l’autre bout qui sont les plus touchés par l’arrêt des trains de fret. « Ce sont les coopératives et les entreprises privées de négoce », explique Alexandre Bacholet, céréalier près de Dijon. En résumé, les organismes qui stockent le blé pour l’industrie agroalimentaire ou pour l’exportation.

La valorisation des céréales menacée

Pour Soufflet, entreprise de négoce qui vient juste d’inaugurer un terminal d’exportation flambant neuf à La Rochelle, la grève pèse « lourdement » sur la capacité à transporter les céréales en France.

« Cette grève est catastrophique et menace la capacité à valoriser les céréales françaises dans les prochains mois », indique le groupe, basé à Nogent-sur-Seine, dans une déclaration écrite à l’AFP.

« Depuis le début du mois d’avril, nous n’avons pu réaliser que 2 trains sur 5, précise Soufflet. Nous ne pouvons pas compenser les trains annulés par un transport fluvial en péniche ou en camion, en raison des profonds dysfonctionnements des écluses sur l’axe Seine-amont et de la saturation du transport routier. »

Difficile de trouver une alternative

Après deux semaines de grève, l’Association générale des producteurs de blé (AGPB) s’alarme des surcoûts engendrés pour trouver des solutions de substitution au transport ferroviaire du blé. « Il faut compter entre 5 et 20 € de plus par tonne transportée », a estimé Philippe Pinta, le président de l’association lors d’une conférence de presse le 17 avril 2018.

15 % des céréales sont acheminées en train, 60 % en camion, et 15 % via le transport fluvial. « Il est très difficile de trouver des camions disponibles, et surtout des chauffeurs pour remplacer », poursuit Philippe Pinta. Même les sociétés privées de fret ferroviaire ne sont plus accessibles. « Lorsque les aiguilleurs de la SNCF sont en grève, cela impacte tous les transporteurs, y compris les privés. »

Les opérateurs privés de fret sur le rail, qui ont sécurisé leur activité avec des contrats en béton, ont même généré une double peine pour les organismes stockeurs de céréales : en cas de grève, les coopératives doivent en effet leur payer des pénalités parce qu’ils ne sont pas en mesure de faire transiter les marchandises par leurs services.

AFP