« C’est extrêmement difficile de comprendre que dans un office où aucun emploi n’est supprimé, aucun site n’est fermé, on soit à ce point de crispation », a regretté Christian Dubreuil, directeur général de l’Office national des forêts (ONF), le 21 mars 2018, devant la commission des affaires économiques du Sénat, où il a dû faire face à un feu nourri de questions sur les tensions sociales au sein de son établissement public.

Démissions

Les organisations syndicales, représentant 90 % des fonctionnaires de l’ONF, ont démissionné de ses instances en septembre 2017 pour dénoncer un « climat social délétère », ainsi que le contrat d’objectifs et de performances (COP) signé avec l’État pour la période 2016-2020, qu’elles jugent « irréaliste ».

« Il y a sûrement eu un problème lors de la conception du COP, reconnaît Christian Dubreuil. Les syndicats se sont opposés au principe de ce contrat en trouvant qu’il n’offrait pas assez de garanties sur l’avenir économique de l’office. Faut-il remettre tout sur la table ? Le gouvernement répond qu’il faut appliquer le COP jusqu’au 31 décembre 2020. […] Je crois qu’ils ont raison. »

Un conflit sur les emplois

Christian Dubreuil a rappelé aux sénateurs que de 2002 à 2016, l’office « supprimait entre 100 et 150 emplois. Là, on peut se dire qu’il y a vraiment matière à problèmes. » Lors d’une grève et d’une manifestation en décembre 2017, certains employés de l’ONF ont dénoncé une « privatisation » et une « industrialisation » des forêts publiques.

Le syndicat Snupfen-Solidaires a déploré le remplacement d’un fonctionnaire sur deux par une personne sous contrat privé, ainsi qu’une gestion commerciale au détriment d’une gestion durable. Ils craignent notamment que la régénération de la forêt ne soit remise en cause. Un argument irrecevable pour Christian Dubreuil, qui a affirmé que la forêt française est « sous-exploitée ».

Échec des conventions collectives

L’ONF emploie 10 000 personnes, dont 6 000 fonctionnaires et 4 000 agents de droit privé. Les négociations commencées en janvier 2016 pour remplacer les différentes conventions collectives par une seule ont échoué en juillet 2017. Elles ont repris en 2018 et Christian Dubreuil espère un accord d’ici au mois de mai.

Il a aussi cherché à relativiser la grève de décembre 2017 : « Soit ces 10 % de grévistes traduisent un problème majeur ou alors l’existence de 90 % de non-grévistes indique que peut-être la situation sociale de l’office n’est pas exactement celle décrite par les tracts [des syndicats] que vous avez reçus », a-t-il indiqué aux sénateurs.

Les tracts, des agents de l’ONF en ont à nouveau distribué, le 21 mars au matin, aux abords de la mairie de Paris, pour dénoncer auprès du public la transformation des forêts publiques en « usines à bois » et protester contre la « réduction » des missions de protection de la forêt et d’accueil du public, a indiqué Marie-Françoise Chatelain, du syndicat Snupfen Solidaires.

AFP