« Des scientifiques français viennent de mettre en évidence que huit molécules fongicides SDHI commercialisées en France ne se contentent pas d’inhiber l’activité de la SDH (1) des champignons, mais sont aussi capables de bloquer celle du ver de terre, de l’abeille et de cellules humaines, dans des proportions variables », indique dans un communiqué de presse du 7 novembre 2019, le CNRS. Cette étude a été publiée dans la revue Plos One.

L’équipe de recherche a ainsi montré que les SDH de 22 espèces différentes étaient très similaires, en particulier dans les zones ciblées par les SDHI, ces fongicides notamment utilisés sur céréales à paille. Les chercheurs et chercheuses ont montré que les conditions des tests réglementaires actuels de toxicité masquent un effet très important des SDHI sur des cellules humaines : les fongicides induisent un stress oxydatif dans ces cellules, menant à leur mort.

L’équipe de recherche du CNRS qui publie cette étude est dirigée par dirigée par Pierre Rustin, directeur de recherche émérite du CNRS, qui a signé une tribune publiée le 15 avril 2018 sur le site internet du quotidien Libération. Une tribune remettant en cause les SDHI. Chez l’être humain, un dysfonctionnement d’une enzyme clé de la chaîne respiratoire, la succinate déshydrogénase (SDH), est associé à de graves pathologies.

Données prises en compte

L’Anses, Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement et travail, rappelle qu’elle poursuit ses travaux concernant de potentiels effets de ces substances sur la santé en conditions réelles d’exposition, en coopération avec d’autres institutions scientifiques de recherche et d’expertise.

À ce titre, elle a demandé à l’Inserm de prendre en compte les données de cette publication, ainsi que d’autres publications récentes, dans l’expertise collective que l’Institut mène actuellement pour actualiser les connaissances sur les effets des pesticides sur la santé de façon à actualiser son avis du 14 janvier 2019.

« L’article publié hier apporte des données nouvelles obtenues dans des conditions expérimentales sur des lignées cellulaires. En tout état de cause, il est hasardeux de comparer les valeurs […] obtenues in vitro dans des conditions de laboratoire avec les concentrations de SDHI qui pourraient résulter des applications des pesticides sur les cultures, comme le soulignent les auteurs dans leur article », considère l’Agence.

L’Anses rappelle que suite au signalement d’un collectif de scientifiques, elle a réuni un groupe d’experts scientifiques indépendants et a conclu le 14 janvier dernier à l’absence d’alerte sanitaire pouvant conduire au retrait des autorisations de mise sur le marché des fongicides SDHI.

L’agence avait cependant lancé un appel à la vigilance au niveau européen et international et avait décidé de poursuivre les travaux sur de potentiels effets toxicologiques pour l’Homme, de mieux documenter les expositions par le biais de l’alimentation, de l’air et des sols, et de déceler d’éventuels effets sanitaires sur le terrain via les dispositifs de surveillance existants.

Elle s’est également saisie de la question des expositions cumulées aux différents fongicides SDHI via l’alimentation et publiera ses résultats au premier semestre 2020. De son côté, l’UIPP, Union des industries de la protection des plantes, informe aussi qu’elle va étudier avec attention cette étude pour voir si elle contient de nouveaux éléments.

C. Fricotte

(1) succinate déshydrogénase ou enzyme clé de la chaîne respiratoire.