Telle est la conclusion de l’étude publiée par l’Iddri, Institut du développement durable et des relations internationales, ce 16 avril 2019. Ce document souligne que pour nourrir plus d’habitants de façon plus équilibrée, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole de 40 % par rapport à 2010, il faudrait que l’agriculture européenne produise « mieux avec moins ».

Des rendements en baisse de 10 à 50 %

L’étude prévoit notamment une baisse de 10 % à 50 % des rendements agricoles moyens actuels selon les cultures. Le modèle dégagé par l’Iddri tente de mixer les contraintes climatiques, les enjeux de la production agricole et agroalimentaire, et les préconisations de santé publique internationales.

L’étude reconnaît que l’agriculture européenne a amélioré son efficience en termes de gaz à effet de serre : –20 % entre 1990 et 2015. Elle estime aussi que le système, basé sur un usage massif d’intrants chimiques (phytos et fertilisants de synthèse) n’est « pas durable » en face notamment de l’érosion « alarmante » de la biodiversité qu’il a contribuée à générer.

Changer de régime alimentaire

L’agriculture européenne peut respecter les objectifs fixés par les négociations internationales sur le climat, tout en réorientant le régime alimentaire actuel des populations « trop riche et déséquilibré » contribuant à l’accroissement de nombreuses affections (obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires…), souligne le document.

« Si l’on produit beaucoup en Europe, on mange également trop et de manière déséquilibrée par rapport aux recommandations nutritionnelles de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire et de l’Organisation mondiale de la santé », ajoute-t-il.

« Sans intrants chimiques »

Le passage à une « agriculture sans intrants chimiques et comportant une fraction importante de prairies permanentes extensives et autres infrastructures agroécologiques (haies, arbres...) permet d’envisager de front la reconquête de la biodiversité, celle de la qualité des ressources naturelles, et une baisse des émissions », ajoute l’étude.

La réduction de l’élevage intensif porterait surtout sur les familles de « granivores » nourris aux céréales, comme les porcs et les volailles, ce qui permettrait à l’Europe de « cesser d’importer plus de 40 millions de tonnes de soja » par an, et ainsi de réduire la pression sur la déforestation, en Amérique du Sud notamment.

Mais quid du revenu des agriculteurs ?

Malgré la réduction des rendements, l’Europe agroécologique dégagerait un excédent de production non consommé qui pourrait être valorisé à l’exportation grâce à sa qualité (20 % de la production laitière) et sur le vin, précise l’étude.

Il reste que les deux en charge de cette étude, Xavier Poux et Pierre-Marie Aubert, admettent qu’ils n’ont pas encore étudié la viabilité économique du système pour les agriculteurs et les conséquences pour leur pérennité.

AFP