De tous les sujets abordés lors de la quatrième conférence environnementale, qui se déroulait les 25 et 26 avril 2016 au ministère de l’Environnement, c’est sans doute celui du lien santé-environnement qui a touché au plus près la profession agricole. Trois ministres (Agriculture, Santé et Environnement), ainsi que la secrétaire d’État à la Biodiversité, assistaient le mardi 26 avril à la table-ronde consacrée à ce sujet.

En préambule, tous ont eu à cœur de rappeler les actions déjà entreprises par le gouvernement… Et par les acteurs concernés. Au bilan de l’agriculture, Stéphane Le Foll a souligné les premiers résultats du plan de lutte contre l’antibiorésistance : « 40 % de baisse du chiffre d’affaires des ventes d’antibiotiques à usage vétérinaires ». Objectif ? Aller vers le zéro usage d’antibiotiques en préventif, même si « l’usage à titre curatif reste indispensable ».

Mais c’est sur la question des produits phytosanitaires (moratoire sur les néonicotinoïdes, définition des perturbateurs endocriniens, interdiction des épandages aériens, exposition des populations sensibles, indicateurs de suivi, surveillance des phytos dans l’air…) que les échanges de la matinée allaient se focaliser. Principal point de dissension entre les acteurs : les délais d’action.

Les délais en question

« Aller trop vite, c’est prendre le risque de reculer », avait annoncé en préambule Stéphane Le Foll, arguant que « les modèles agricoles actuels ont été conçus pour utiliser des phytos : appliquer une interdiction ou une réduction immédiate sans solution alternative mettrait les agriculteurs en difficulté ». Il prône également une coordination européenne.

Le reste du gouvernement était, en paroles, sur la même ligne. « Pas question de mettre le couteau sous la gorge de qui que ce soit », a affirmé Barbara Pompili, secrétaire d’État à la Biodiversité, qui suit notamment les débats sur la loi portant sur la biodiversité qui prévoit l’interdiction des néonicotinoïdes. Mais l‘interprétation diverge sur le temps nécessaire aux modèles agricoles pour s’adapter.

Face aux ONG qui trépignent, Ségolène Royal s’est voulue rassurante : « Il n’y a pas de raison que le gouvernement remette en question l’échéance de 2018 » [votée par les députés pour mettre fin à l’utilisation de néonicotinoïdes]. Même si le projet de loi sur la biodiversité doit encore passer dans les mains du Sénat, qui peut le modifier…

Des risques d’impasse

Sur la même ligne que la FNSEA, qui prône une action progressive et à l’échelon européen, les syndicats de patrons ou de salariés ont dénoncé des impasses auxquelles peuvent mener des décisions brutales : la CFTC a cité les dangers courus par les salariés pour traiter manuellement les vignes en forte pente, faisant suite à l’interdiction de l’épandage aérien.

Le Medef a évoqué un risque de développer des solutions de substitution plus dangereuses que les produits initiaux, faute d’avoir le temps d’étudier leurs conséquences… De quoi hérisser le poil de FNE (France Nature Environnement) et de quelques autres acteurs du monde associatif, qui clament que des solutions existent et sont déjà mises en œuvre avec succès.

« Que les choses bougent sur le terrain, ce n’est pas au ministre de l’Agriculture que vous l’apprendrez, c’est même sur ces modèles que l’on s’appuie », s’est agacé Stéphane Le Foll. Qui n’a pas lâché : « Il faut du temps pour la mutation : pas seulement le temps de trouver des solutions techniques de substitution, mais le temps que les nouveaux modèles agricoles trouvent leur équilibre. » En bref, « il a fait un boulot de ministre de l’Agriculture », a sobrement apprécié la FNSEA, qui ne cache pas ses différends avec son ministre de tutelle.

Il faudra toutefois patienter avant de connaître les mesures concrètes qui sortiront de ce débat et des deux autres tables-rondes organisées lors de cette conférence : l’une sur l’agenda de la transition énergétique, l’autre sur l’implication de tous les acteurs dans la transition écologique. La feuille de route gouvernementale issue de cette conférence doit être adoptée au cours d’un comité interministériel d’ici à quelques semaines. Ségolène Royal prévoit ensuite de la présenter au Conseil national de la transition écologique au début de juin.

B. Lafeuille