« En 1987, le quintal de blé se vendait 150 francs. À euro constant, cela représenterait aujourd’hui 390 € par tonne. Un prix divisé par trois », constate Nicolas Jaquet, président de l’Organisation des producteurs de grains (OPG), section spécialisée de la CR. Avec des rendements qui sont passés en moyenne de 67 à 71 quintaux, l’OPG estime que le chiffre d’affaires par hectare...
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« En 1987, le quintal de blé se vendait 150 francs. À euro constant, cela représenterait aujourd’hui 390 € par tonne. Un prix divisé par trois », constate Nicolas Jaquet, président de l’Organisation des producteurs de grains (OPG), section spécialisée de la CR. Avec des rendements qui sont passés en moyenne de 67 à 71 quintaux, l’OPG estime que le chiffre d’affaires par hectare devrait être de 2 586 € ; il est en réalité de 923 €/ha, soit une baisse de 60 % en 30 ans. Il est à noter qu’entre-temps, les aides Pac ont été mises en place.

Les organismes stockeurs pointés du doigt

Un constat amer pour les 3 000 céréaliers adhérents du syndicat, défenseur de l’exception agriculturelle européenne et de la liberté de commercialisation. « L’Ukraine, la Russie, nous ne pouvons pas être compétitifs face à ce type de fermes dans le cadre que l’on nous impose », argue le président de l’OPG, estimant que les céréaliers français n’étaient plus en mesure de répondre aux demandes de l’exportation d’un blé à 130 € la tonne.

Les organismes stockeurs, et notamment les coopératives, sont pointés du doigt. Les céréaliers de la Coordination rurale estiment qu’aujourd’hui elles font prévaloir leurs besoins de tenir le marché sur le bien-être des producteurs français. En brandissant le lait de la marque « C’est qui le Patron ?! », Nicolas Jaquet a calculé ce que Axéréal devrait reverser à ses producteurs pour un prix juste et équitable, en rapport avec les efforts fournis (contraintes réglementaires, efforts environnementaux, temps de travail, etc.). Il en arrive à la conclusion que le « devis » devrait s’approcher d’un prix de 240 € la tonne.

« Mais on vous expliquera qu’avec un marché mondialisé, il n’est pas possible de s’aligner », ironise-t-il. Selon lui, le privilège fait aux organismes stockeurs d’être les seuls à pouvoir commercialiser les grains ne se justifient plus dans un jeu mondial où les filières ne démontrent pas leur intérêt. Le syndicat, fidèle à ses revendications, demande une fois de plus la possibilité de pouvoir vendre aux voisins « éleveurs de porcs ».

Des États-généraux infructueux

« La finalité des États-généraux de l’alimentation (EGA) est-elle d’entretenir nos outils industriels et de leur permettre d’exporter au mépris du coût de revient de nos exploitations », s’interroge Jacques Commère, responsable de l’OPG.

Après avoir présenté aux congressistes les différents axes de développement ressortis des discussions au sein des interprofessions (Intercéréales et Terres Univia), le syndicat estime que la priorité de ces organisations n’est pas le rééquilibrage des revenus. « Terres Univia se concentre aujourd’hui sur le développement du biodiesel français dans les dix prochaines années alors que le gouvernement veut plomber le diesel… Nous pensons qu’il faut se concentrer sur l’autonomie protéique de l’Europe », expose le responsable syndical, estimant que le déficit de production oléoprotéagineuse en Europe s’élevait à 22 millions d’hectares (équivalent importations soja-colza-palme).

« Dans nos filières, les plans qui ressortent de ces EGA ne sont pas à la hauteur », déplore Nicolas Jaquet. Un constat qui alourdit encore le moral des céréaliers qui estiment avoir besoin « dès aujourd’hui de mesures pour ne pas aller à la faillite ».

Pauline Bourdois