Depuis une dizaine d’années, à chaque fois que le tournesol revient dans leurs champs au lieu d’être cultivé sur des terres louées, les Bogles invitent les curieux au moment de la floraison grâce aux réseaux sociaux. Mais cette année, l’événement a échappé à la famille.
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Depuis une dizaine d’années, à chaque fois que le tournesol revient dans leurs champs au lieu d’être cultivé sur des terres louées, les Bogles invitent les curieux au moment de la floraison grâce aux réseaux sociaux. Mais cette année, l’événement a échappé à la famille.

Il y a cent cinquante ans, quand les ancêtres de Bogles venus d’Irlande s’installent au Canada, la photographie débute à peine, les smartphones et les perches à selfies sont encore loin. Il y a dix ans même, Instagram et Snapchat n’existaient pas. Ce sont pourtant ces appareils et ces réseaux sociaux, qui sont à l’origine de leur cauchemar.

Trop de monde à la fête

Quand les trente hectares de tournesol commencent à fleurir au début du mois dernier, les Bogles donnent rendez-vous aux curieux dans leurs champs à partir du 20 juillet. « La première semaine se passe très bien, explique Barry Bogle, il n’y avait pas de problèmes de parking. On se relayait à un ou deux pour répondre aux questions. »

Pour faciliter l’accueil des visiteurs, le parking à l’entrée de l’exploitation compte environ 300 places. Le samedi 28 juillet, il se remplit très vite dans la matinée. Et puis, d’autres voitures arrivent, et se garent faute de place au bord du champ, puis sur la route. La personne en charge de l’accueil est vite débordée. Les Bogles appellent tous les membres de la famille en renfort.

Vers midi, le flux ne se tarit pas, les visiteurs sont toujours plus nombreux. La police vient bloquer l’accès à la ferme. Un peu plus tard, les Bogles reçoivent un appel d’une autre patrouille : l’autoroute est bloquée sur 4 km avant leur exploitation, et près de 7 000 véhicules attendent pour avoir leur photo au milieu des fleurs. Des bus de tourisme ont également fait le déplacement.

Assister au désastre sans pouvoir rien faire

Au début de l’après-midi, les huit membres de la famille Bogles ne peuvent plus rien faire pour gérer les personnes qui affluent. Plus aucun visiteur ne paye les 5 € de frais d’entrée. Les déchets s’amoncellent. Pour avoir le meilleur cliché certains n’hésitent pas à casser les plantes. « C’était l’hystérie », se désole Barry Bogle.

Voyant que la police bloque la route, certains n’hésitent pas à contourner les barrages, et à entrer de l’autre côté de l’exploitation. Le jour suivant, le dimanche, le flux ne ralentit pas : les Bogles décident de fermer leurs portes. « Mais malgré notre interdiction, les gens continuent de venir, confie Barry, comme dans l’apocalypse des zombies. »

Barry a pris des résolutions fermes à l’issue de ce cauchemar : « Nous avons décidé de ne plus jamais inviter de public ». Le week-end dernier pourtant, des amateurs de selfies ont à nouveau tenté de pénétrer dans les champs des Bogles. « La police a dû escorter un grand bus loin de chez nous ».

Ivan Logvenoff