« On s’est dit les vérités qu’on avait à se dire », déclare Antoine d’Amécourt, président de Fransylva, syndicat des propriétaires forestiers, pointés du doigt ces derniers temps par la Fédération nationale du Bois (FNB, principalement des scieurs) pour avoir mis la filière française « au bord de la faillite », en exportant des grumes de chênes bruts vers la Chine.

Apaisement

Les propriétaires forestiers contestaient ces chiffres avec virulence, reprochant aux industriels de ne pas avoir suffisamment investi pour absorber la récolte de chênes français à un prix permettant aux propriétaires privés de se rémunérer correctement. « Je n’aimerais pas voir des scieries françaises fermer parce qu’elles n’ont pas de bois », déclare dans une optique d’apaisement Antoine d’Amécourt.

« Le prix du chêne aujourd’hui n’est pas encore assez cher pour faire de la sylviculture », accorde-t-il. Scieurs et propriétaires sont selon lui tombés d’accord sur le fait que le prix moyen des chênes exportés hors de France au départ des ports français était de 180 € le mètre cube, ce qui représente selon lui, « moins de cent euros le mètre cube », une fois déduit les frais, notamment de transports.

« C’est bien la preuve qu’il ne s’agit pas de bois de grande qualité », estime Antoine d’Amécourt, évoquant les 600 € du mètre cube déboursés pour les plus belles pièces destinées à fabriquer des fûts pour le vin. « On a le même regard sur les mêmes statistiques », confirme Nicolas Douzain-Didier, le délégué général de la FNB.

Scieurs et forestiers ont prévu de se revoir à la fin du mois de mars, pour « aller plus dans le fond des choses », indique Antoine d’Amécourt. « On va se revoir pour travailler sur un diagnostic et des solutions, assure pour sa part Nicolas Douzain-Didier. Nous souhaitons avoir une lecture commune des données économiques. »

La faute à l’ONF

« Quand on dit qu’il y a eu une augmentation de 35 % des exports de chêne brut vers la Chine, ce ne sont pas nos chiffres, ce sont ceux des Douanes », ajoute-t-il. S’il y a une pénurie de chêne, l’ONF (Office national des forêts) est en partie responsable, estime Antoine D’Amécourt.

« La baisse générale de la récolte de chêne s’explique par un choix sylvicole de l’ONF pris dans les années 1990 », poursuit-il. Selon lui, à cette époque, l’ONF, gestionnaire des forêts publiques, a fait le choix de raccourcir le délai de coupe du chêne de 230 à 180 ans, entraînant « un afflux de grumes de bonne qualité vendues peu cher sur le marché ».

Réduction de l’offre publique

« La transformation et le retard ont été rattrapés aujourd’hui ce qui induit une réduction de la récolte de chêne en forêt publique, explique notamment Antoine D’Amécourt. Nous demandons la juste rémunération de tous nos bois, nous souhaitons qu’ils soient transformés à proximité, en France, nous appelons les sylviculteurs à mobiliser la ressource en tenant compte de sa disponibilité. »

Les scieurs souhaitent que les acteurs de la filière parlent d’une seule voix. « Si on veut que le ministre puisse entrer en jeu, il faut qu’on ait balayé ces gamineries », estime Nicolas Douzain-Didier. Dans son plan d’investissement de 5 milliards d’euros pour l’agriculture et la transformation agroalimentaire, le ministre de l’Agriculture prévoit en effet 100 millions d’euros de prêts aux scieries.

AFP