Le feu couvait sous la cendre, et c’est une invitation qui a mis les propriétaires forestiers en émoi. La Fédération nationale du bois (FNB), qui représente les industriels, organisait ce mardi 6 février 2018 une conférence de presse. Elle y a alerté le gouvernement de ces exportations qui les privent de matière première.

« Aujourd’hui, de 25 à 30 % de la collecte forestière nationale de chêne est exportée sans transformation alors que la majorité des pays forestiers concurrents a interdit une telle fuite de cette ressource brute, comme la Croatie, la Roumanie l’Ukraine ou la Chine, déplore la FNB dans un communiqué publié le 6 février 2018. La France est devenue « l’eldorado » des traders internationaux. En seulement 10 ans, les volumes de chêne brut (grumes) disponibles pour les scieries françaises ont été divisés par près de deux, passant de 2,45 millions de mètres cubes en 2007 à seulement 1,25 million de m3 en 2017. »

« Pour ça, il faut avoir une industrie de transformation »

Déjà, jeudi 1er février, les propriétaires forestiers privés sont montés au créneau. « Je ne comprends pas très bien le jeu de la FNB, a déclaré à l’AFP Antoine d’Amécourt, président de Fransylva, fédération des syndicats de forestiers privés. Il est évident que tout propriétaire forestier en France souhaite que son bois soit transformé en France, mais pour ça il faut avoir une industrie de transformation et la consommation derrière. Aujourd’hui, le marché des bois est mondial et la filière de la forêt et du bois doit jouer le jeu à cette échelle. » Fransylva estime que les industriels français n’ont pas aujourd’hui la capacité d’absorber la récolte de chêne français.

Un label « Transformation UE » accorde déjà aux acheteurs qui s’engagent à transformer leur bois dans l’Union européenne un accès privilégié aux chênes lors des ventes de l’Office national des forêts (ONF), gestionnaire des forêts publiques. Les scieurs souhaitent notamment que ce label soit étendu à la forêt privée, qui représente les trois quarts de la forêt française, et la moitié % du chêne commercialisé.

Scieurs et propriétaires sont d’accord sur un point : face à la demande croissante, l’État doit proposer un plan de reboisement ambitieux.

Le SFB conteste les chiffres

Du côté du Syndicat de la filière bois (SFB), charger les exportations vers l’Asie de tous les maux des scieries françaises constitue une désinformation «nourrie de contre-vérités et de données erronées dans le seul but de garantir à quelques gros transformateurs un accès à moindre coût à la ressource au détriment des propriétaires privés, des exploitants forestiers et des petites scieries qui se trouvent écartés d’un approvisionnement privilégié».

Dans un communiqué publié le 5 février, le syndicat soulève la méconnaissance de la forêt et de ses débouchés, et demande à Stéphane Travert d’organiser une table ronde au Ministère de l’Agriculture entre les acteurs de l’amont de la filière. L’occasion de «remettre à plat le fonctionnement de la filière et mettre en oeuvre les mesures constructives permettant à chacun de ses maillons de fonctionner en bonne intelligence.»