« Je leur demande, j’ai eu (le P.-D.G. de Total, Patrick) Pouyanné, de réduire au maximum l’utilisation d’huile de palme […] et d’essayer d’année en année de réduire la part d’huile de palme et d’augmenter la part d’huiles usagées », a déclaré le ministre de la Transition écologique sur BFMTV/RMC. « Mais on ne peut pas avoir tout du jour au lendemain », a-t-il ajouté.

Le groupe pétrolier français a lancé en 2015 le projet de transformation de sa raffinerie de La Mède, près de l’étang de Berre, alors déficitaire. Il a cessé d’y raffiner du brut et l’a convertie, au prix d’un investissement de 275 millions d’euros, en y installant notamment un dépôt pétrolier, une ferme solaire, un centre de formation et cette bioraffinerie.

« Je ne peux pas leur demander, alors qu’ils ont fait ces efforts et ces investissements, de renoncer », a noté Nicolas Hulot, indiquant que Total avait fait ces transformations à la demande du gouvernement précédent.

Après avoir été interpelé par Nicolas Hulot, Total s’est engagé à « limiter l’approvisionnement en huile de palme brute » de sa bio-raffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône). Total « prend l’engagement de limiter l’approvisionnement en huile de palme brute à un volume inférieur à 50 % des volumes de matières premières qui seront traitées sur le site, soit au plus 300 000 tonnes par an », indique le groupe pétrolier, qui a déclaré avoir reçu le jour même l’arrêté d’autorisation d’exploiter cette raffinerie.

La Fop (Fédération des producteurs d’oléagineux et de protéagineux) a pris connaissance « avec stupéfaction et colère des propos tenus par Nicolas Hulot » qui « a déclaré avoir accepté que la raffinerie de La Mède produise des biocarburants à partir d’huile de palme et d’huiles usagées ». Pour Arnaud Rousseau, président de la Fop : « Cette décision est incompréhensible. Outre son non-sens écologique, elle est une gifle contre notre secteur. Elle marque une rupture, un renoncement à l’ambition agricole portée par le gouvernement. Les agriculteurs ne méritent pas un tel mépris. »

Critiques des ONG

En avril, les ONG Greenpeace et les Amis de la Terre, citant un document de la préfecture des Bouches-du-Rhône, avaient affirmé que le site consommait 550 000 tonnes d’huile de palme par an, faisant bondir de 64 % les importations françaises d’une huile dont la production en Malaisie et en Indonésie entraîne une déforestation fragilisant l’écosystème.

Face aux critiques, Total s’est engagé à se fournir en huiles de palme « labellisées », selon ce document. Ces systèmes de certification sont toutefois jugés insuffisants par des ONG et des industriels.

Total a dit auparavant vouloir utiliser 60 à 70 % d’huiles végétales, de l’huile de palme mais aussi de colza, de soja ou encore de tournesol, et 30 à 40 % d’huiles alimentaires usagées et d’huiles résiduelles.

« La tendance irréversible de s’affranchir de l’huile de palme et d’éviter la déforestation importée, celle-là on ne reviendra pas en arrière. À terme, l’Europe prendra ses responsabilités, dans les années qui viennent », a insisté Nicolas Hulot.

Avec l’AFP