Les aides annoncées hier par le ministre de l’Agriculture, c’est une chose, « une rustine », mais ce n’est pas ce qu’attend la FNSEA de Stéphane Le Foll. « Nous allons de plan d’urgence en plan d’urgence, a souligné Dominique Barrau, le secrétaire général du syndicat lors d’une conférence de presse organisée le 27 janvier 2016, à Paris. Nous avons l’impression d’avoir un capitaine de pompiers, et pas un ministre. Nous avons besoin de ces relais de trésorerie, mais combien de temps cela va-t-il durer ? » C’est un ministre offensif à Bruxelles que la FNSEA demande.

Quant à stopper les actions syndicales en cours un peu partout en France, il n’en est pour le moment pas question. « La mobilisation est très forte et va continuer, promet Thierry Coué, le président de la FRSEA Bretagne. Un éleveur de porc perd aujourd’hui 6 000 € par semaine. Les aides, c’est deux semaines de trésorerie. 20 % des éleveurs vont quitter le métier si on laisse faire. C’est une rustine. En lait, la perte atteint 500 € par semaine. Nous attendons de Stéphane Le Foll qu’il prenne son bâton de pèlerin et aille convaincre les autres pays européens d’agir. »

Fini les tables rondes

Les représentants du syndicalisme majoritaire en ont aussi soupé des tables rondes. La FRSEA Bretagne ne se rendra pas demain à la rencontre organisée à Rennes par le Préfet de région et le Conseil régional. « Depuis trop longtemps, suite aux tables rondes, nous avons été loyaux vis-à-vis du gouvernement, souligne Xavier Beulin, le président de la FNSEA. Mais sur le terrain, qui fait écran ? Nous ! La communication faite à la sortie de ces réunions, et reconnaissons au ministre qu’il la fait bien, c’est des espoirs déçus. Je dis rideau. On peut être efficace en dehors de ces grandes messes. »

Si les syndicalistes reconnaissent que les filières ont un travail à conduire, un « new deal » à trouver, qu’attendent-ils du ministre exactement ? « Une voix forte à Bruxelles, insiste Xavier Beulin. Comme, par exemple, sur l’étiquetage de l’origine [des viandes] ou l’embargo russe. Ce qui pèse sur notre compétitivité, c’est aussi le volet normatif [franco français]. Sur Ecophyto, rien ne bouge. Sur le compte pénibilité, on a fait fi de nos remarques. Il y a les déclarations [des ministres] et un appareil administratif qui vit sa petite vie. »

Éric Roussel