A un mois et demi de l'ouverture de la COP 21, la conférence sur le climat, le ministère de l'Agriculture a détaillé jeudi à la presse la stratégie qu'il souhaite promouvoir en matière d'adaptation et d'atténuation du changement climatique. Une stratégie qui s'inscrit pleinement dans le projet agroécologique et la « triple performance » dont Stéphane Le Foll a fait son mantra.

« L'agriculture est à la veille d'une nouvelle mutation : celle de l'agroécologie »

Après la révolution verte qui a permis à l'agriculture de prendre son essor dans les années 70 avec force machines et intrants, « l'agriculture est à la veille d'une nouvelle mutation : celle de l'agroécologie », a affirmé le ministre. Une mutation qui mène à « utiliser d'abord les mécanismes naturels et ensuite, à les corriger si nécessaire ». Pas de craintes à avoir, la chèvre et le chou seront ménagés : « l'agroécologie s'appuie sur tous les écosystèmes, c'est à dire différents modèles et différentes situations ». La mutation est en marche, affirme le ministre, puisque 128 GIEE couvrant plus de 250 000 ha montrent la voie vers une agriculture respectant les enjeux social, économique et environnemental, en s'appuyant entre autres sur la technique, l'agronomie et la technologie.

Cette mutation est rendue d'autant plus nécessaire par le changement climatique, qui contraint nos systèmes agricoles à évoluer : d'abord pour s'adapter aux nouvelles conditions, mais aussi pour tenter d'atténuer le changement en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et en stockant davantage de carbone. Dans ce contexte, « l'agriculture doit être une colution et pas un problème », a insisté Stéphane Le Foll, mettant en garde contre « certains écologistes qui pensent que la solution la plus simple serait d'éliminer l'élevage » pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Selon lui, « il n'y aurait rien de pire. D'abord parce que l'élevage maintient les prairies qui stockent du carbone. Ensuite parce que la polyculture-élevage repose sur un équilibre, notamment pour la fertilisation : si l'on élimine l'élevage, on déséquilibre le système ».

L'initiative « 4 pour 1000 »

Il y a en revanche des progrès à faire, a-t-il concédé, citant l'introduction de lin dans les rations des vaches qui permettraient de réduire de 30 % leurs émissions de gaz à effet de serre. Et en matière de sols, l'initiative « 4 pour 1000 », qui vise à reconstituer les stocks de matière organique des sols en piégeant davantage de carbone, constitue le programme phare du ministère dans le cadre de la COP 21. Il devrait être inscrit à l' « agenda des solutions », et sera lancé officiellement le 1er décembre au Bourget, en espérant entraîner un maximum d'acteurs internationaux (gouvernements, ONG...) autour d'engagements concrets.

Outre les modes de production, les grands enjeux pour le secteur agro-alimentaire concerneront la lutte contre l'artificialisation des terres agricoles et forestières (car ce sont autant de puits de carbone en moins) et la lutte contre le gaspillage alimentaire (car ce sont autant de gaz à effet de serre émis pour finir à la poubelle).

« Les efforts faits sur le stockage de carbone, à travers le « 4 pour 1000 », n'exonèrent pas de réduire nos émissions de gaz à effet de serre  », a prévenu le ministre. Ce n'est pas parce qu'on stocke plus qu'on peut se permettre d'émettre plus... « Il ne s'agira pas non plus de stocker du carbone dans les sols des pays en développement pour s'exonérer de nos responsabilités : on a des capacités énormes de stockage de carbone dans les sols français ! » L'idée est que tout le monde y gagne, puisque cela améliorerait la qualité des sols.

L' « agriculture climato-intelligente »

Contrairement à l' « agriculture climato-intelligente », qui rassemble différents gouvernements et acteurs privés autour d'un concept jugé flou par les ONG, la stratégie du ministère qui s'articule autour du « 4 pour 1000 » (et plus largement de l'agroécologie) prend en compte les différents enjeux, dont l'enjeu social, a expliqué Stéphane Le Foll. L'alliance pour une agriculture climato-intelligente, portée essentiellement par des industriels, « n'envisage la lutte contre le changement climatique que par le biais de la technique et la technologie »,  a expliqué le ministre, qui estime pourtant que mieux vaut être dedans qu'en dehors - la France l'a donc ralliée.

Si les échanges internationaux sont loin d'être neutres en termes d'émissions de gaz à effet de serre, le ministère reste évasif sur le sujet. Le mouvement de relocalisation de l'agriculture devrait se poursuivre sous l'impulsion des consommateurs. Mais l'exportation de produits du terroir a de l'avenir parce que « ce ne sont pas que des marques qui pourraient être fabriquées n'importe où dans le monde avec un même cahier des charges : ce sont des produits liés au territoire ». Pas question non plus de remettre en cause les « échanges internationaux nécessaires ». Quant aux échanges non nécessaires, il n'est sans doute pas nécessaire d'en parler.

A télécharger : « COP21 : L'agriculture et la forêt au coeur de la solution climatique » (Ministère, 15 octobre 2015)

B. Lafeuille