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« Le mot progrès a disparu du discours politique »

Controverses de Marciac
 - « Le mot progrès a disparu du discours politique »
© M.-G. Miossec/GFA © M.-G. Miossec/GFA

Les « Controverses » de Marciac qui se sont achevées en fin de semaine dernière, montrent une fois de plus la nécessité de s’interroger quels changements génèrent véritablement du progrès.

Si on en croit les débats, nature et technique s’entrecroisent depuis toujours. Et il est impossible, voire inutile, de tenter de les dissocier. En revanche si les biotechnologies, les nouvelles technologies en général, ne sont pas à négliger, la puissance de la réflexion des hommes (agriculteurs, conseillers) et la mise en commun des savoirs sont autrement plus porteuses de l’avenir de l’agriculture et des agriculteurs selon les tenants d’un retour à l’agronomie.

Progrès ou innovation

En conclusion de ces débats, les Controverses avaient invité deux personnalités à redéfinir le progrès (1). Il s’agissait d’Étienne Klein, physicien et philosophe, et de Daniel Cohen, économiste. Étienne Klein a constaté que le mot « progrès » qui fleurissait dans les débats politiques avant 2012, en est désormais totalement absent, chassé par le mot réducteur d’innovation : « Croire au progrès, c’est croire que ce qui ne va pas, sera un ferment pour aller vers le meilleur. Cela donne un sens au sacrifice d’aujourd’hui pour faire advenir un meilleur futur, vu comme attractif et crédible. Il induit un temps constructeur. »

En revanche, toujours selon Étienne Klein, l’innovation supposerait que l’inaction nous conduit au désastre. « Il faudrait donc sans cesse innover, le temps faisant disparaître le monde. Et pour maintenir les choses en l’état, tout doit changer. Si on cesse d’innover, on coule. L’innovation ne sert pas dans ces discours à configurer un futur meilleur, mais s’appuie sur l’état critique du présent. L’idée du progrès en revanche bénéficie au genre humain. »

« Notre addiction à la croissance économique, nous emprisonne »

Selon Daniel Cohen, on ne parle plus en économie que de progrès matériel. La crise alimentaire a cessé vers 1840, « quand la croissance de la production n’a plus été absorbée par la croissance équivalente de la population. Ce qui se produisait depuis 10 000 ans, s’est enfin interrompu au cours du XIXe siècle. Au début du vingtième siècle, les économistes pensaient que, la crise alimentaire réglée, la crise économique serait à son tour résolue dans les années 2020. « Et que l’on travaillerait seulement 3 heures par jour ».

« Aujourd’hui l’économie prend toujours plus d’importance, poursuit-il. Elle n’est plus la solution, mais le problème. Notre addiction à la croissance économique, nous emprisonne. Nous sommes passés de la question alimentaire à la question économique. La croissance économique rend-elle les gens heureux ? » Le revenu par habitant croît mais pas le bien-être par habitant mesuré depuis les années 1970.

« Nos besoins […] se comparent le plus souvent à ceux du voisin »

« Les humains ne réagissent qu’aux variations de leur revenu. Et se font très vite à leur nouvelle situation quand elle s’améliore. Nos besoins sont relatifs. Ils se comparent le plus souvent à ceux du voisin. Et la télévision élargit toujours plus cette comparaison. » Dernière réflexion d’Étienne Klein : « quand on voit un bouleversement énorme qui arrive, nous avons tendance à trouver une foule d’arguments pour ne pas croire à ce que nous savons ».

Près de 200 personnes ont débattu le 28 et 29 juillet 2017 de la question posée lors de ces 23e controverses de Marciac : « la nature ; la technique et l’homme : la guerre des trois aura-t-elle lieu ? » Pour la plus grande satisfaction de Valérie Péan, directrice de la Mission agrobiosciences-Inra, organisatrice de ces débats aussi originaux qu’ouverts : « dans ces rencontres nous n’avons pas peur des conflits. Ces controverses retransmettent les répercussions des changements ou des immobilismes vécus sur le terrain. »

Marie-Gabrielle Miossec

(1) à retrouver sur https ://soundcloud.com/yann-kerveno

La machine est une bonne entrée pour la réflexion
© Agrobiosciences/Facebook

Parmi les témoignages forts des débats, il y a eu la présentation du fonctionnement de l’atelier Paysan. Il s’agit d’une SCIC, société coopérative d’intérêt collectif, qui accompagne les agriculteurs dans la conception et la fabrication de leurs propres outils adaptés à l’agroécologie paysanne. Nicolas Sinoir, chargé de l’animation nationale du réseau, témoignait en tribune aux controverses. Il a détaillé le fonctionnement de l’atelier. « Le principe : la technique doit être investie collectivement pour se mettre au service de ceux qui l’utilisent. La machine est une question peu pensée. C’est pourtant une bonne entrée dans l’agronomie. En autoconstruisant, les agriculteurs se réapproprient des compétences. »

Créer ses propres outils

L’atelier emploie une quinzaine de jeunes, dont plusieurs ingénieurs en génie mécanique, des agronomes, autour de l’antenne locale basée en Rhône Alpes. Il dispose de deux camions transportant machines, matériaux et consommables pour des chantiers de formation à l’autoconstruction qui durent de 3 à 5 jours. Ils se déplacent lorsque, dans une petite région, un collectif d’agriculteurs se forme pour créer leur propre outil, adapté à leur besoin réel et maîtrisable par eux. Nicolas Sinoir précise : « Cette formation n’a lieu qu’à destination de groupes d’agriculteurs, débutants ou non, ayant un vrai projet et qui font naître une dynamique locale. Ils innovent par eux-mêmes, avec l’appui d’un animateur technique. Ils deviennent sociétaires à la construction de l’outil collectif. »

L’atelier paysan, la tête de réseau.

L’atelier passa dispose d’antennes dont une très active en Bretagne. Il s’appuie à chaque fois sur un réseau d’agriculteurs. « Nous travaillons sur les outils du travail du sol mais aussi sur la transformation à la ferme, bientôt le bâti. Les agriculteurs peuvent tout choisir. Nous avons accompagné la fabrication de brosses à blé pour diminuer le risque de mycotoxines. Nous nous appuyons sur des formateurs ou des agriculteurs motivés sur place. Nous encadrons. Nous fournissons des plans. » Pas question de diffuser des recettes toutes faites. « Nous collectons le savoir. Ces savoirs paysans sont publiés « en libre ». Ce sont des « biens communs », librement diffusables et modifiables » conclut Nicolas Sinoir.

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