La consommation de produits carnés s'accroît dans les pays en développement, alors qu'elle stagne à présent dans les pays riches, pointe l'Ifpri (Institut international de recherche sur les politiques alimentaires).

Dans une étude publiée le 26 novembre 2012, l'institut pose la question de la bonne quantité de viande à ingérer pour des besoins sanitaires dans ces nouveaux pays consommateurs et en tenant compte du futur impact environnemental de l'élevage intensifié dans ces régions du monde en développement économique. Il y aura forcément des adaptations structurelles à mettre en oeuvre, prévient le rapport de l'Ifpri.

La production mondiale de viande a triplé depuis 50 ans, indique l'étude de l'Ifpri. Et si la consommation de produits carnés stagne dans les pays riches dont la population prend conscience des effets négatifs sur la santé humaine d'une alimentation trop carnée, notamment en viande rouge, remarque l'Ifpri, elle s'accélère dans les pays en développement. La raison : des revenus par personne en augmentation, et une urbanisation galopante. Ils vont donc vouloir répondre à cette demande croissante de leur population.

Les Nord-Américains et les Européens consomment aujourd'hui plus de 83 kg de viande par personne par an, comparés aux 58 kg en Amérique latine, 28 kg en Asie de l'Est et Pacifique et 11 kg en Afrique subsaharienne.

En 2010, l'élevage mondial comptait 26 milliards d'animaux contre 9 milliards en 1970, selon l'Ifpri. Et ce n'est pas fini, prévient l'institut, qui prédit une progression d'ici à 2050 de la consommation annuelle de viande par habitant jusqu'à atteindre 77 kg en Amérique latine, 52 kg en Asie et Pacifique et 24 kg en Afrique subsaharienne.

« Des quantités modérées de viande, d'oeufs et de lait peuvent être des éléments précieux d'une alimentation saine », reconnaît l'Ifpri. Et même « initialement, manger plus de viande tendrait à améliorer la qualité de l'alimentation des populations pauvres et leur état nutritionnel », explique-t-il, soulignant que les humains semblent éprouver les plus grandes difficultés à savoir s'arrêter de consommer de la viande pour rester dans des rations suffisantes. L'augmentation de leurs revenus les pousse invariablement à dépasser les doses dont ils ont besoin d'un point de vue métabolique. Ce qui fait qu'aujourd'hui les consommateurs dans les pays riches « mettent en péril leur santé en mangeant des produits animaux en trop grande quantité, alors que beaucoup de gens dans les pays pauvres en manquent », déplore l'étude.

Beaucoup de pays en développement fondent leur stratégie économique sur le développement de l'élevage. Ce qui implique d'aller vers l'intensification des exploitations afin que leurs propriétaires s'y retrouvent dans leurs investissements, avec des conséquences environnementales et sanitaires pour les bêtes, et en particulier la transmission des maladies animales, développe l'Ifpri.

Aucune des stratégies adoptées dans ces pays ne sera universelle, assure l'institut. Sans compter que « même lorsque les produits d'origine animale sont disponibles », leur intégration dans les régimes alimentaires des populations pauvres reste compliquée : le lait et les oeufs sont des sources de revenus stables pour les agriculteurs, qui sont plutôt tentés de les vendre au lieu de les consommer. De l'autre côté, pour les non-producteurs, leur coût élevé limite l'accès, explique le rapport.

Il conseille de créer des marchés et des systèmes de stockage de la viande dans les zones rurales pour y stimuler la consommation de viande actuellement de 4 kg par personne et par an en moyenne.

  

"En diminuant de 50 % le niveau de la consommation actuelle de viande par habitant dans les pays à revenu élevé d'ici à 2030, on parviendrait à baisser les prix de la viande de 12 à 22 %."

Enfin, l'Ifpri a calculé qu'en diminuant de 50 % le niveau de la consommation actuelle de viande par habitant dans les pays à revenu élevé d'ici à 2030, on parviendrait à baisser les prix de la viande de 12 à 22 %. La consommation de viande dans les pays en développement pourraient alors augmenter de plus de 7 %, permettant dans le même temps de diminuer de près de 700.000 cas la malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans dans les pays en développement.

Et en appliquant cette règle également en Chine et au Brésil, où la consommation de viande s'accélère, ce résultat serait plus que doublé (1,4 million de cas de malnutrition en moins, NDLR). Quand au prix de la viande, la baisse serait de 33 à 59 %, alors que dans le même temps la consommation de viande en Afrique et en Inde augmenterait de près de 50 %.

Pour en savoir plus sur cette étude, rendez-vous sur le site de l'Ifpri.

B.V.