Consommation de masse des produits alimentaires, baisse de la consommation de viande ou essor de celle des produits biologiques et équitables, frémissement du « végétarisme »... Une note d'analyse du Centre d'études et de prospective, publiée sur le site du ministère de l'Agriculture le 15 novembre, se penche en particulier sur l'évolution des différences sociales en matière d'alimentation.

Et le moins que l'on puisse dire, constate cette note, c'est que « malgré l'essor de la consommation de masse, les différences sociales n'ont pas disparu en matière d'alimentation. Elles ont évolué, se sont déplacées et parfois inversées ». Par exemple, si « la consommation de poisson reste plus fréquente dans les foyers plus aisés, celle de viande, jadis réservée aux catégories favorisées, est désormais plus importante dans le bas de l'échelle sociale », constate l'auteur de la note.

Par ailleurs, « si l'on peut escompter à l'avenir une certaine diffusion des pratiques aujourd'hui minoritaires, selon la logique de dispersion sociale des goûts observée historiquement (une diffusion des classes les plus aisées vers les moins aisées, NDLR), d'autres facteurs pourront également limiter cette diffusion, au premier rang desquels les contraintes économiques », assure la note.

Car pour 78 % des Français, le prix reste en effet le premier critère de choix, devant la qualité gustative (46 %) et les habitudes familiales (36 %).

La consommation de produits carnés a été favorisée historiquement par l'augmentation des revenus et la baisse des prix relatifs de ces produits, rappelle la note.

Quant aux « achats de produits porteurs de signes de qualité, comme les produits biologiques, équitables ou AOC, [ils] sont assez nettement corrélés au niveau de revenu, de même que le recours à la restauration hors foyer ».

« Plus les ménages sont pauvres, plus la part de leur budget consacrée à l'alimentation est élevée. [...] Ainsi, les 20 % de ménages les plus modestes consacraient, en 2011, 19 % de leur budget à l'alimentation, tandis que pour les 20 % les plus aisés, cette part n'était que de 14 % », détaille la note du Centre d'études et de prospective.

Elle précise qu'« une certaine convergence était à l'oeuvre sur le long terme » de 1979 à 2005, mais ces dernières années « ce rapprochement s'est ralenti ». Ce contraste se traduit par « une sensibilité aux prix alimentaires plus forte chez les ménages modestes, tandis que les ménages aisés sont relativement moins affectés ».

Si la part du budget est moins élevée à mesure qu'on monte dans l'échelle sociale, le montant consacré augmente tout de même, prévient la note : si les Français déclarent dépenser chaque mois en moyenne 396 euros pour l'alimentation (hors sorties au restaurant), les plus aisés (revenus de plus de 3.500 euros nets mensuels) déboursent 539 euros, quand les plus modestes (revenus de moins de 1 000 euros nets) dépensent 222 euros.