C'est un Jean-Michel Lemétayer au ton pugnace et quelquefois ironique qui s'est exprimé, jeudi, devant le ministre de l'Agriculture, en clôture du 64e congrès de la FNSEA, à Auxerre. A voir les réactions à la tribune de Bruno Le Maire, chacun a pu s'apercevoir que le ministre n'a pas du tout apprécié certains passages du discours. Voilà pour l'ambiance.

Sur le fond, le président de la FNSEA a mis l'accent sur les distorsions de concurrence sociales, fiscales, réglementaires et environnementales qui se creusent à l'intérieur de l'Europe et dont l'agriculture française fait les frais.

« Sur le coût des salariés saisonniers et permanents, la ferme France a un différentiel annuel avec son voisin allemand qui s'élève à près d'un milliard d'euros », a-t-il expliqué, tout en invitant le gouvernement à aller plus loin que l'exonération de charges patronales accordée pour les saisonniers. Il a rappelé que l'agriculture était toujours candidate à l'expérimentation de la TVA sociale « car le financement de la protection sociale par le seul coût du travail n'est plus supportable ».

Jean-Michel Lemétayer a dénoncé le trop-plein environnemental, fustigeant à plusieurs reprises l'attitude et l'intransigeance des associations écologistes : « Nous les paysans qui connaissons trop bien les caprices de la nature ne pouvons accepter les “y a qu'à” et “faut qu'on” des bobos ou de militants pétris de certitudes et qui ne représentent souvent qu'eux-mêmes. » Il a demandé à ce que l'on mette fin à certains débats inutiles « dans lesquels les acteurs économiques et scientifiques osent à peine s'exprimer » devant l'arrogance des ONG vertes.

Si le débat est tronqué et que développement durable rime avec décroissance et désertification des campagnes, il se fera sans la FNSEA, Grenelle ou pas Grenelle, a menacé Jean-Michel Lemétayer.

Il a chiffré les coûts que représentent certaines contraintes franco-françaises comme les bandes enherbées (42 millions d'euros) ou la couverture hivernale des sols à venir (80 millions d'euros), « une mesure aussi chère qu'inapplicable ». Le non-passage des poids lourds à 44 tonnes dans l'Hexagone entraîne, selon la FNSEA, un préjudice de 100 millions d'euros.

Revenant sur le bilan de santé de la Pac et le rééquilibrage des aides « qu'il assume », le président de la FNSEA a prévenu le ministre que la marche serait trop haute pour les exploitations céréalières, compte tenu de l'effondrement des marchés. Alors que doit se tenir mardi le comité de suivi des grandes cultures, « le résultat ne doit pas être de dispenser des soins palliatifs mais bien de donner des vitamines » a-t-il commenté.

L'autre temps fort de son discours a été consacré au projet de loi de modernisation agricole (LMA). La FNSEA y déplore l'absence d'un volet relatif à l'allègement des charges alors que cela devrait être au coeur de la loi. Elle revient à la charge à propos de la taxe sur le foncier non bâti qui doit être exonéré totalement et suggère de supprimer l'assiette minimale d'assurance maladie, une mesure qui permettrait aux agriculteurs en difficulté de ne plus payer la cotisation forfaitaire de 770 euros.

A propos des interprofessions et des nouveaux rôles que la LMA entend leur attribuer (comme l'élaboration d'indicateurs de tendance de marché), Jean-Michel Lemétayer estime que la France doit pousser pour qu'à Bruxelles le droit de la concurrence soit adapté afin de pouvoir fixer un prix minimal.

La FNSEA oppose une fin de non-recevoir au statut « d'agriculteur-entrepreneur » qui figure dans la LMA : « Nous n'avons pas besoin d'une loi pour savoir qu'il est entrepreneur ! », a dit Jean-Michel Lemétayer, suggérant plutôt une harmonisation des statuts sur le plan social, fiscal ou économique quel que soit le cadre juridique dans lequel les agriculteurs opèrent (individuel ou sociétaire).

Télécharger le discours de Jean-Michel Lemétayer

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P.P.