Bruxelles a promis ce mardi 31 mai 2011 d'étudier les moyens de venir en aide aux producteurs de légumes, confrontés à une crise de confiance de grande ampleur à la suite de l'épidémie de diarrhées mortelles et de la mise en cause de concombres espagnols contaminés à la bactérie E. coli entérohémorragique.

A l'issue d'une réunion à Debrecen (Hongrie) avec les ministres européens concernés, le commissaire européen à l'Agriculture, Dacian Ciolos, a promis d'« essayer d'utiliser toutes les marges d'action » dont il dispose pour venir en aide aux producteurs, tout en reconnaissant qu'elles étaient « limitées ». Il n'a pas annoncé de mesures précises dans l'immédiat.

« Avec les ministres de l'Agriculture ce matin, nous avons passé en revue les moyens d'action malheureusement limités de l'Union européenne. Malheureusement, la marge d'action a été fortement réduite ces dernières années, a expliqué le commissaire. La Commission va essayer d'utiliser l'ensemble des moyens possibles, notamment au sein de l'OCM fruits et légumes pour les producteurs qui font partie d'une organisation de producteur (OP) et pour lesquels il y a des possibilités d'appui. Par exemple, il est possible de cofinancer le retrait de certains produits du marché. Pour les producteurs qui ne font pas partie d'organisations de producteurs, mes services juridiques analysent actuellement les outils disponibles, que ce soit par le biais d'aides d'Etat ou d'un appui financier communautaire lié à une crise majeure. »

Au même moment, les producteurs espagnols affirmaient que « presque toute l'Europe » avait arrêté d'acheter leurs fruits et légumes en raison de la suspicion de présence de la bactérie Eceh sur leurs concombres, dont l'Espagne est le premier producteur européen.

Les pertes atteignent plus de 200 millions d'euros par semaine, a jugé la ministre espagnole Rosa Aguilar, qui parle de dégâts « irréparables ». Les Pays-Bas ont aussi vu leurs exportations de légumes vers l'Allemagne – de l'ordre de 10 millions d'euros par semaine – pratiquement cesser du jour au lendemain.

Alors que le bilan a grimpé à 16 morts, dont quinze en Allemagne, « les chutes des ventes affectent tous les producteurs de légumes en Europe », a remarqué le secrétaire d'Etat allemand Robert Kloos, à l'issue de la réunion de Debrecen.

Le ton est monté quand sa collègue espagnole s'en est prise à la gestion de la situation par les autorités allemandes, selon des diplomates.

Devant les journalistes, Mme Aguilar a jugé « très malvenues » les mises en cause de concombres espagnols par les autorités allemandes « sans avoir des données fiables pour le dire ».

Une bactérie Eceh a pourtant été décelée par des autorités régionales de Hambourg « sur quatre concombres, dont un bio », parmi lesquels trois au moins provenaient d'établissements espagnols, et les procédures ont été respectées, s'est défendu M. Kloos.

Mais peu après, les autorités sanitaires de Hambourg ont fini par admettre que la bactérie décelée était issue d'une autre souche que celle qui a envoyé plus d'un millier de malades à l'hôpital.

Dans les établissements espagnols accusés, mais aussi en Allemagne, les analyses se poursuivaient pour déterminer l'origine exacte de la contamination.

« Pour rétablir la confiance des consommateurs, il est essentiel de produire rapidement des informations crédibles », a souligné M. Ciolos, en avertissant qu'à ce stade il valait mieux se garder de « mettre l'accent sur certains Etats », car le risque était de grand de faire « payer une note salée, voire capitale » à certains producteurs.

Devant la presse, Rosa Aguilar s'est efforcée de souligner que le problème était avant tout allemand.

La souche d'Eceh (E. coli entérohémorragique) en cause, particulièrement virulente, n'a d'ailleurs « jamais été trouvée ou identifiée sur le territoire espagnol à ce jour », a fait valoir la ministre espagnole.

L'affaire pose aussi la question de la fiabilité du système de contrôle européen. La ministre finlandaise Sirkka-Liisa Anttila a ainsi estimé que des concombres contaminés n'auraient jamais dû finir dans l'assiette des consommateurs allemands, si les contrôles avaient été suffisamment sérieux tout au long de la chaîne.

La question pourrait être abordée lors d'une réunion extraordinaire conjointe des ministres de l'Agriculture et de la Consommation, prochainement à Bruxelles, a indiqué M. Kloos.