Des crèmes glacées, yaourts, confiseries labellisés commerce équitable : l'association Fair Trade International va apposer son logo sur des préparations à base de cacao ou café certifiés pour doper les ventes au profit des producteurs du Sud.

Lancé le 27 janvier 2014 simultanément sur tous les continents, le « Fair trade Sourcing Programm» viendra compléter les dispositifs en vigueur qui permettent depuis vingt ans aux producteurs d'Asie et d'Afrique de vendre leurs matières premières plus cher, en associant désormais les grandes entreprises de l'agroalimentaire à une démarche équitable.

« Pour véritablement impacter la vie des producteurs, il faut impérativement augmenter les volumes » du commerce équitable, explique Marc Blanchard, directeur général de l'association Max Havelaar qui labellise la majorité des produits 100 % équitables en France.

Actuellement, 28 % de la production mondiale est certifiée et même 30 % pour le sucre. Mais en moyenne, les producteurs de cacao ne parviennent à écouler qu'un tiers de leurs produits aux conditions avantageuses de ce marché. Surtout, seulement 1,2 % du commerce mondial de cacao et 1 % de celui du sucre s'effectuent sous le label Fair Trade.

C'est ce fossé entre bilans de production et chiffres de vente qu'il faut essayer de combler en convainquant les grandes groupes d'intégrer des ingrédients certifiés à leurs préparations, qui seront valorisées par un logo ad hoc : ce dernier reprend les couleurs bleu et vert de Fair Trade International-Max Havelaar, plus la mention « cocoa program » par exemple.

« Pour communiquer avec ce nouveau logo, l'ingrédient mentionné devra être à 100 % équitable », rappelle Valérie Hauchart, responsable des relations avec les réseaux de producteurs. Les entreprises pourront choisir de cibler une gamme entière ou un seul produit, avec le logo figurant sur la face ou au dos de l'emballage, selon la part qu'il représente dans le produit fini et l'engagement du fabricant. « Ce qu'on veut, c'est que les entreprises s'engagent sur l'augmentation des volumes et sur la durée », prévient-elle.

La France veut tripler les ventes du commerce équitable

Prudente sur ses objectifs, Max Havelaar espère une progression de 20 % des volumes de cacao équitables vendus d'ici à 2020, notant que les tensions à venir sur le marché du cacao conduisent déjà les géants comme Mondelez, Mars ou Barry Callebaut à sécuriser leurs approvisionnements face à une demande mondiale en hausse.

« Toutes les études montrent que pour véritablement impacter la vie des producteurs, il faut augmenter les volumes. Or ils ne vendent que moins d'un tiers de leur production en commerce équitable », soit 1,2 % du cacao mondial, explique Marc Blanchard.

En 2012, le commerce équitable a représenté 4,8 milliards d'euros de ventes (+21 % comparé à 2004) au bénéfice de quelque 1,3 million de producteurs. Le café est de loin le premier concerné (77,4 millions de tonnes) avec le cacao (40,5 millions de tonnes), les deux représentant 80 % du commerce équitable mondial. Mais la liste s'étend aux thé, riz, bananes et autres fruits frais, noix diverses ou même herbes aromatiques ou vin.

Sur ces ventes, les producteurs sont mieux rémunérés par un prix plancher et touchent en outre la redevance collectée par l'association auprès des partenaires industriels engagés dans la démarche équitable : c'est cette prime qui permet d'améliorer les conditions de production et de vie, de santé, d'éducation... Dans la filière du cacao, ces primes ont représenté 7,6 millions d'euros (et 7,3 M€ pour le sucre).

Selon une étude d'impact réalisée en août 2012 par l'Université allemande de Sarrebrück mandatée par Max Havelaar, si « Fair Trade crée les conditions préalables nécessaires au développement rural [...], le nombre d'agriculteurs certifiés est trop faible dans la plupart des cas pour exercer une influence significative à l'échelle régionale ». C'est ce constat qui conduit aujourd'hui l'association à élargir le champ de son action afin de toucher davantage de consommateurs.

La France a lancé au printemps un plan d'action national de 7 millions d'euros pour tripler si c'est possible les ventes de produits équitables. Max Havelaar se contenterait de les doubler, assure Marc Blanchard : de 346 millions d'euros aujourd'hui à 700 millions en 2017.