« Nous demandons un cadre réglementaire stable », a déclaré Kristell Guizouarn, directrice du développement durable chez Sofiprotéol, lors d'une conférence de presse au colloque national sur la biomasse, le 25 juin 2013 à Paris. L'idée étant de pouvoir amortir les investissements industriels réalisés alors que les objectifs d'incorporation étaient plus élevés.

Déclarant avoir acté la pause dans l'incorporation de biocarburants de première génération demandée par l'Union européenne à 5 % (7 % demandés pour la France), elle a rappelé que le biodiesel était, outre l'huile de colza, aussi constitué de graisses animales et d'huiles usagées. « Il faut proposer une trajectoire prenant en compte l'utilisation de ces déchets, sans opposer les filières », a-t-elle souligné.

Mais, concernant les propositions du Parlement européen visant à soutenir les biocarburants « avancés », Kristell Guizouarn a prévenu qu'il y avait un risque de confusion entre les produits. En effet, à son sens les biocarburants de seconde génération sont produits à base de résidus ou de déchets sans autres usages, alors que dans les biocarburants avancés la catégorie de produits s'élargit.

De plus, les huiles usagées, qui comptent double dans l'incorporation d'énergie renouvelable dans les carburants, devraient, selon elle, être sujette à une bien meilleure traçabilité afin d'éviter les fraudes constatées ces dernières années en Europe. Elle a d'ailleurs souligné que l'aspect « usagé » des huiles en question était simplement déclaratif et que le compte double avait surtout bénéficié à ces produits frauduleux.

Le syndicat Esteri France, favorable au développement conjoint des biocarburants de première génération et avancés, demande des critères de traçabilité renforcés pour les matières premières entrant dans le compte double. « Si le double comptage est désormais plafonné, il ne faudrait pas que les biocarburants avancés s'y substituent ou que des objectifs d'incorporation trop élevés soient mis en place car cela entraînerait des risques de fraudes », a prévenu Kristell Guizouarn.

Selon elle, l'objectif de 2,5 % d'incorporation de biocarburants avancés d'ici à 2020, actuellement discuté au Parlement européen, est ambitieux car les sources d'huiles usagées et de graisses animales en Europe ne serait pas suffisantes pour remplir cet objectif. De plus, cela pourrait favoriser les huiles de maïs principalement en provenance des Etats-Unis.

Défendant un approvisionnement local, Kristell Guizouarn a indiqué que 75 % du biodiesel de Sofiprotéol était produit à partir de colza français et que le reste était constitué d'huiles de soja ou de palme importées. Deux raisons expliquent ces importations : la première est logistique, avec des zones, comme le sud-est de la France, peu pourvues en colza ; et une seconde économique, les importations d'huiles à bon marché permettent de faire face au dumping argentin et indonésien sur les exportations de biodiesel et de s'arbitrer sur le marché mondial pour rester compétitif.

Au sujet de la prise en compte des changements indirects d'affectation des sols liés à la production de biocarburants, via le modèle ILUC, demandé par la Commission européenne, Nicolas Rialland, responsable de l'éthanol et des bioénergies pour la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), a indiqué que le mode de calcul n'était pas fiable. Selon lui, le modèle surestime l'effet surface, pour produire ce qui est nécessaire à pallier le manque de denrées à la suite de leur transformation en biocarburant, et sous-estime l'effet rendement. D'après Nicolas Rialland, ces dernières années ce sont davantage les rendements que les surfaces qui ont contribué aux augmentations de productions.

Rappelant que la filière du biodiesel en France s'est construite, notamment, pour pallier un déficit de protéines végétales à partir d'oléagineux, Kristell Guizouarn a montré qu'elle permettait aujourd'hui d'importer 500 millions d'euros (M€) de tourteaux de soja en moins chaque année en France. Par ailleurs, la production de biodiesel réduit aussi de 2 Mt par an les importations de gazole en France, pour une valeur d'un milliard d'euros.

François Guion