Les chercheurs de Price, un programme européen dont l'Inra est partenaire, ont confirmé que dans la pratique, les mesures actuelles mises en oeuvre afin d'assurer la coexistence des cultures génétiquement modifiée (GM) et non GM dans l'UE sont faisables au niveau des exploitations agricoles et tout au long de la chaîne d'approvisionnement. Cependant, ces mesures comportent des coûts supplémentaires, payés en partie par les consommateurs et par d'autres parties prenantes dans la chaîne d'approvisionnement.

Le professeur Justus Wesseler, chef de projet de Price, a déclaré : « Pendant deux ans nous avons effectué des essais en plein champ avec du maïs GM en Espagne, en appliquant des zones tampons ou différentes dates de semis afin d'obtenir l'asynchronie de la floraison recommandée par l'Association espagnole des producteurs de semences. Les résultats ont montré que ces méthodes sont efficaces pour permettre aux cultivateurs de maïs en Espagne d'assurer la coexistence dans le cadre de la législation en vigueur et au niveau des parcelles agricoles. Par ailleurs, des essais en plein champ effectués avec du maïs partiellement stérile en Allemagne, en République tchèque et en Espagne ont montré qu'il s'agit d'une mesure biologique efficace. » Les résultats indiquent aussi que les distances uniformes d'isolation actuelles établies par la plupart des États membres sont en général disproportionnées par rapport au seuil officiel de 0,9 % et susceptibles d'entraîner des coûts et difficultés inutiles pour les exploitants agricoles.

« La coexistence est possible dans le cadre de la législation actuelle de l'UE »

Une autre équipe de chercheurs de Price a mis au point un prototype d'outil d'aide à la décision pour les exploitants agricoles, les conseillers, les coopératives et les décideurs politiques. Selon Wesseler : « Cet outil permet de prendre en compte les facteurs influant sur la propagation de présence fortuite d'OGM, dont le climat, la direction du vent prédominant, les types de paysages et les caractéristiques agronomiques (dates de floraison notamment). Pour le maïs, l'outil permet de prédire la présence fortuite de matériaux GM dans les champs de maïs non GM. Cet outil calcule la probabilité du niveau de pollinisation croisée entre les champs GM et non GM et prédit les effets d'une zone tampon précise ou d'une différence dans les dates de floraison. Il rend donc faisable la mise en oeuvre de mesures de coexistence proportionnées. »

Pour résumer, Wesseler conclut : « Price a montré que la coexistence entre les produits GM et non GM est possible dans le cadre de la législation actuelle de l'UE. La disponibilité du soja non GM dans les pays tiers, la prime à payer pour l'achat de produits non GM, les coûts de ségrégation tout au long de la chaîne d'approvisionnement et la volonté des consommateurs de l'UE à payer pour l'attribut “non GM” sont des facteurs essentiels pour la durabilité économique à long terme des normes volontaires pour les produits non GM. Des seuils plus bas ou autres mesures plus strictes créeraient des difficultés en matière d'approvisionnement en alimentation non GM du bétail. »