Les circuits courts sont présentés dans la presse généraliste comme un remède à la crise agricole. Que vous inspire cette réflexion ?

La méconnaissance qui entoure le marché des circuits courts fait que chacun y va de son interprétation, selon ses références culturelles ou militantes. En particulier en période de crise, où on les présente comme la solution à tous les problèmes. Mais c’est un discours dangereux, car on incite des producteurs à se déplacer dans un secteur qu’ils ne maîtrisent pas forcément. Or les circuits courts sont très sélectifs : dire que l’on va sauver tout le monde grâce à eux, c’est oublier l’exigence du métier, la densité du travail à fournir et la complexité des schémas productifs. L’idéalisme ne doit pas faire oublier le réalisme.

Comment expliquer cette méconnaissance ?

Notre vision du marché est extrêmement limitée, la collecte d’informations en France est désespérante. Les recensements nationaux sont flous et nous manquons de statistiques annuelles sur les types de production, les volumes commercialisés, le montant du panier moyen… Même le nombre des marchés de plein vent est incertain ! Tout cela révèle une absence de stratégie sur un secteur pourtant en plein essor…

Vous dénoncez aussi l’idée selon laquelle les prix en circuits-courts seraient plus bas que dans d’autres modèles…

La fixation des prix de vente est une étape cruciale pour la réussite des projets. Il faut tenir compte de l’environnement concurrentiel, mais surtout des valeurs immatérielles que l’on apporte au client : le plaisir, la qualité gustative, la traçabilité, le lien avec le territoire, le relationnel… Or, sous prétexte de faire la promotion des circuits courts, on entend dire que leurs prix seraient plus compétitifs que ceux en hypermarchés. Si cela peut se vérifier sur certains produits peu transformés tels que les fruits et légumes, et encore selon les saisons, il n’en va pas de même pour ceux plus élaborés. Rappelons une évidence économique : un modèle agro-industriel associé à un système de distribution ultra-rationalisé offrira toujours des prix de revient inférieurs à des systèmes où la logistique et les modes de production sont moins optimisés.

Cela en fait-il des produits de luxe ?

La réponse à cette question est complexe, car le comportement des consommateurs n’est pas figé : un faible pouvoir d’achat n’implique pas exclusivement une consommation de premiers prix. En revanche, le panier s’en trouve limité, restreint à l’achat plaisir. C’est pour cette raison que les circuits courts ne remplaceront jamais les modèles alimentaires classiques. Ils ont en revanche une grande marge de progression en complément, avec une diversité à entretenir.

Qui dit diversité des circuits courts dit concurrence entre eux. Faut-il opposer les Amap à la Ruche qui dit oui, ou bien les drives fermiers aux magasins de producteurs ?

Les bagarres entre modèles de distribution sont de mauvais combats. Il n’y a pas de circuit commercial idéal. Il n’y a que des systèmes adaptés à la manière dont l’exploitant travaille.

(1) «10 clés pour réussir dans les circuits courts», aux Editions France Agricole. 296 pages - 29 € TTC - Format 13 x 20 cm. En librairie et en ligne sur www.lagalerieverte.com.

Alain Cardinaux