Des productions mondiales de blé et de maïs attendues à des niveaux records pour 2013-14, avec respectivement 701 et 966 millions de tonnes (Mt), laissent présager d'une détente sur les marchés céréaliers. Il faut cependant prendre ces chiffres avec précaution, a indiqué ce mercredi 15 mai 2013 Olivia Le Lamer, responsable de l'unité du marché des grandes cultures chez FranceAgriMer.

En effet, « au 15 mai, nous sommes sous le signe du weather market », a-t-elle souligné en indiquant que les incertitudes climatiques pouvaient engendrer de la volatilité sur les marchés agricoles. Selon elle, la hausse sur un an de près de 50 Mt de la production mondiale de blé est à mettre au compte de la mer Noire et de l'Union européenne en raison d'une progression des surfaces semées. En revanche, les Etats-Unis verraient leur production de blé hard red winter (HRW) se replier de 6 Mt en raison de sécheresse sur les zones de production.

« La prochaine campagne devrait ainsi marquer un retour de la mer Noire sur les marchés d'exportation, à la différence de 2012-13 », a expliqué Olivia le Lamer. En revanche, la demande en blé à l'importation devrait être un peu inférieure sur 2013-14 à la faveur de bonnes récoltes attendues au Maghreb et au Moyen-Orient. De plus, les incertitudes sont fortes sur les importations égyptiennes, qui devraient se situer entre 8 et 10 Mt sur la prochaine campagne.

« Les autorités souhaiteraient avoir au maximum recours aux productions locales pour limiter les importations », selon la spécialiste. En effet, d'importants problèmes de financement des importations sont rapportés en Egypte. Olivia le Lamer a d'ailleurs signalé que la Russie ou les Etats-Unis pourraient aider financièrement le pays, ce qui conditionnera les origines des blés importés par l'Egypte.

En maïs, le record de production mondiale attendu est principalement porté par les Etats-Unis, mais l'expérience de 2012-13 montre qu'il faut rester prudent. « Le bilan US reprendrait vie », a déclaré Olivia le Lamer. De fait, le pays importerait moins et les utilisations de maïs en alimentation animale et en éthanol repartiraient à la hausse.

Par ailleurs, l'Ukraine marquerait aussi de sa présence le marché du maïs sur la prochaine campagne pour la troisième année consécutive. Pour Michel Ferret, chef du service des marchés et des études chez FranceAgriMer, « l'Ukraine semble désormais chercher de la valeur dans le maïs, dont la production interannuelle varie moins qu'en blé ».

Selon lui, « l'Ukraine diversifie ses assolements, auparavant dominés par le blé, pour ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier ». Il a ainsi expliqué que depuis 2007-08 le marché directeur des céréales était celui du maïs, dont les cours ont monté brutalement à l'époque principalement en raison du développement de l'éthanol. « Cela a donné un signal fort aux pays qui auparavant se concentraient sur la production de blé », a insisté Michel Ferret.

François Guion