France Nature Environnement lance à la veille du Salon de l'agriculture une campagne de publicité qui mise sur la pure provocation : un consommateur qui se « suicide » au maïs OGM, des belles entrecôtes étiquetées 100 % naturel et surmontées d'un « gros menteurs », un enfant jouant dans les algues vertes sous le titre « bonnes vacances » et « arrêtez vos salades ! », un bidon avec tête de mort surmonté du titre « kill bees » (NDLR, tueurs d'abeilles).

« C'est un cri d'alarme », explique France Nature Environnement, « une campagne choc sur les dégâts provoqués par l'agriculture peu respectueuse de l'environnement... pas seulement un coup de poing médiatique mais l'occasion d'ouvrir le dialogue ». Qui les croira ?

Face à cette campagne qui tient plus de la provocation pour faire parler de soi que du dialogue constructif, les réactions se multiplient.

La FNSEA a décidé de ne pas entrer dans une « justification stérile et infondée », de ne pas payer la FNE du « luxe d'une publicité ».

Christiane Lambert, première vice-présidente de la FNSEA, en répondant à une interview d'Agriculture Information, l'agence de presse du syndicat majoritaire, dénonce cependant une campagne d'affichage injuste et excessive qui ne tient pas compte des efforts constants depuis quinze ans des agriculteurs.

Les Jeunes Agriculteurs ont choisi de ne pas répondre à chaud. Ayant répondu favorablement à la proposition de FNE de participer à son congrès, ils souhaitent « poursuivre les échanges hors du "ring médiatique actuel" focalisé sur cette campagne polémique qui fait le bonheur des médias ».

La Coordination rurale (CR) « déplore cette lamentable et coûteuse campagne de communication qui a, sinon pour but, en tout cas pour effet de jeter l'opprobre sur les agriculteurs, à la veille de l'ouverture du salon de l'agriculture ».

« Amalgames des pesticides, des abeilles, des OGM, des nitrates et des élevages de porc... Cette campagne induit le grand public en erreur et fait de FNE non plus un expert en matière environnementale, mais un lobby environnementaliste ! », déclare la CR.

« Au-delà de la polémique, il ne faut pas censurer le vrai débat », a estimé la Confédération paysanne, dans un communiqué. « Les responsables de la dégradation de l'environnement ainsi que de la diffusion des OGM sont aujourd'hui au pouvoir et non dans les fermes », affirme-t-elle.

Selon elle, les agriculteurs sont victimes d'une double peine: leurs « revenus indignes » sont le résultat de choix politiques, au niveau national et européen, et ces politiques « aboutissent à les rendre coupables aux yeux d'une partie non négligeable de la population ».

L'interprofession porcine a déposé un référé pour faire annuler cette campagne au nom de la stigmatisation des élevages de porcs. Elle a été débouté mais compte prendre systématiquement la parole à chaque mise en cause de la production porcine qui pourrait avoir lieu au Salon de l'agriculture. L'interprofession bovine en a fait autant.

Pour Farre (forum de l'agriculture raisonnée respectueuse de l'environnement), « ce n'est pas en désignant des boucs émissaires, mais c'est en cherchant des solutions ensemble que nous parviendrons à relever le défi » consistant à nourrir 9 milliards d'être humains d'ici 2040, « tout en utilisant moins de chimie, moins d'eau et moins de terre ».

Dans un communiqué, la région Bretagne, concernée par le problème des algues vertes, a également vivement réagi. « Ces attaques caricaturales ne permettront pas de résoudre la question des algues vertes. Au contraire, elles risquent de réduire à néant les efforts des acteurs de terrain et de raviver lesclivages », indique le communiqué.

France Nature Environnement consacrera son trentième congrès à la thématique agricole les 31 mars et 1er avril prochains à Marseille. Si l'on considère que cette campagne d'affiches dans le métro parisien est une sorte de « mise en bouche », la place que FNE réserve aux agriculteurs dans leurs débats sera celle d'accusés. Voire de condamnés.

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M.-G.M.