Mme Costa, une agronome de 63 ans, avait apporté son soutien pendant la campagne au candidat d’extrême droite, avec tout son puissant lobby parlementaire, tournant le dos à des partis traditionnels décrédibilisés.

Le virage n’a pas été pas très difficile, Jair Bolsonaro ayant intégré dans son programme les revendications de l’agrobusiness, qui représente, selon les données officielles 23,5 % du PIB et 44 % des exportations de la première économie d’Amérique latine.

Vers une libéralisation des pesticides

Mme Costa, originaire du riche État agraire du Mato Grosso do Sul, a rencontré jeudi Bolsonaro et s’est montrée ouverte, dans des déclarations à la presse, sur les dossiers les plus polémiques qu’elle aura à traiter après sa prise de fonctions au 1er janvier. Mais sans céder de terrain sur les questions de fond.

Elle a défendu en particulier le travail de la commission législative. Sous sa direction, cette dernière a notamment approuvé une libéralisation de l’usage des pesticides, permettant au Brésil de devenir une grande puissance agricole mondiale.

La bataille pour cette loi, qui n’a pas encore été votée par la Chambre des députés, a valu à cette femme de petite taille aux cheveux courts le surnom de « Muse du poison ». « Contrairement à ce que beaucoup disent, la commission spéciale a apporté une modernisation et a donné au producteur brésilien la possibilité d’utiliser les mêmes molécules qu’à l’étranger, avec souplesse et transparence », s’est-elle défendue.

Accélérer le développement d’infrastructures

La priorité désormais va être accordée à un autre projet de loi qui assouplit les procédures de licences d’impact environnemental. Ainsi la construction de routes, d’infrastructures pour l’énergie et l’assainissement à l’intérieur même des immenses propriétés agricoles du Brésil sera « nettement accélérée », a averti Mme Costa.

La future ministre a réaffirmé également la semaine dernière son opposition à la démarcation de nouvelles terres indiennes – réclamées par ces communautés – et à l’occupation de terres par les mouvements paysans, associés à la gauche brésilienne et auxquelles Bolsonaro a promis de mettre un coup d’arrêt au nom du « progrès ».

Un ministère de l’environnement impartial

Seule divergence avec le futur chef de l’État, Mme Costa a exprimé des « doutes » sur sa proposition de considérer comme « terroristes » les membres du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) qui mènent ces occupations.

Les ruralistes, dont Mme Costa fait partie, ont déjà eu un rôle de modérateur par rapport à certaines des propositions les plus polémiques de Jair Bolsonaro. Ce dernier a dû par exemple abandonner son projet de fusionner les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, et pas seulement en raison du tollé suscité parmi les défenseurs de ce dernier.

L’agronégoce avait également exprimé ses craintes de représailles commerciales sur des grandes productions du Brésil de la part de ses partenaires, telle la viande ou le soja qui ont un fort impact sur l’environnement. Mme Costa a confirmé que le nouveau ministre de l’Environnement ne serait pas « un radical ». « Il en finira avec l’industrie des amendes », a-t-elle affirmé, et sera « dénué de partialité idéologique ».

Avec l’AFP