« C’est un coup de semonce que nous voulons donner aujourd’hui », a déclaré le 11 juin devant la raffinerie de Donges Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, alors que le syndicat a lancé une vaste opération de blocage de raffineries et dépôts de carburants en France.

« L’agriculture française, c’est 14 % des emplois français. C’est un secteur qui compte. Aujourd’hui 3 000 agriculteurs sont dans la rue. Est-ce qu’ils vont être écoutés ou pas ? Nous ne mourrons pas en silence », a-t-elle déclaré devant l’entrée sud de la raffinerie de Donges. Les agriculteurs voulaient bloquer cette raffinerie Total pour 10 h 00 mais ont été empêchés d’y accéder dans un premier temps par les forces de l’ordre.

Des opérations escargot

« L’opération de blocage ne pouvant se dérouler comme prévu, le plan B est déclenché », a alors annoncé à la presse Christiane Lambert, présente devant l’entrée sud de la raffinerie. Plusieurs dizaines d’agriculteurs venus des Pays de la Loire ont alors mené une opération escargot sur la voie express Nantes/Saint-Nazaire avec leurs tracteurs, occasionnant plusieurs kilomètres de bouchons.

Finalement autorisé à accéder à la raffinerie, un convoi de tracteurs, avec à sa tête une banderole proclamant « Non à l’huile de palme, oui aux colzas », est arrivé vers 11 h 30 sur le site de Donges.

Les agriculteurs ont alors commencé à déverser le contenu de leurs bennes, remplies de pneus et de déchets, devant l’entrée sud, en bordure de Loire, en bloquant complètement l’accès. L’entrée nord a également été bloquée un peu plus tard. Les organisateurs prévoyaient d’obstruer l’ensemble des accès à la raffinerie, ainsi que l’accès au dépôt pétrolier SFDM voisin. Une quarantaine de tracteurs étaient placés autour du site. Des agriculteurs bretons étaient attendus en renfort dans la journée.

« Nous ne sommes pas contre les importations […] mais nous voulons, pour le consommateur, que le gouvernement soit cohérent et que les importations soient faites à normes égales, sinon l’agriculture française va disparaître », a déclaré de son côté Samuel Vandaele, secrétaire général des JA.

Huile de palme ou tournesol et colza

Jusqu’à 300 000 tonnes par an d’huile de palme, produit hautement controversé car accusé de favoriser la déforestation en Asie du Sud-Est, doivent en particulier être importées pour alimenter la bioraffinerie Total de La Mède (Bouches-du-Rhône), qui doit démarrer cet été. Alors que l’agriculture française peut fournir davantage d’huile de tournesol ou de colza, mais plus chère.

Bloquée depuis dimanche soir par plusieurs dizaines d’agriculteurs, la bioraffinerie Total de La Mède a finalement été libérée ce lundi, à midi, faute de relève. « Nous n’avons pas obtenu ce que nous voulions, on ne se sent pas aidé, mais les agriculteurs sont fatigués et sont obligés de retourner travailler », a déclaré Jean-Paul Comte.

« On n’a pas investi pour importer »

« C’est la goutte d’huile de palme qui fait déborder la coupe des problèmes des paysans », résume Pierre Lebaillif, président des JA de la Normandie. « Pour l’exploitation qui produit du colza, ça peut être à l’avenir des quantités à produire en moins ou des prix qui baissent. »

« Biocarburant : on n’a pas investi pour importer », pouvait-on lire sur les pancartes des agriculteurs à Vatry. « N’importons pas l’agriculture que nous ne voulons pas ! », est le slogan que les agriculteurs en colère rappellent dans leurs tweets.

Le porte-parole de LREM, Gabriel Attal, a affirmé que l’État ne peut pas se dédire de l’accord scellant l’importation d’huile de palme pour La Mède, mais sera « vigilant », notamment sur sa qualité environnementale. Nécessitant jusqu’à 650 000 tonnes de matières premières par an, cette bioraffinerie utilisera aussi d’autres huiles, dont 50 000 tonnes de « colza français », a promis au début de juin le P.-D.G. de Total, Patrick Pouyanné.

Quid des ONG environnementales

Le mouvement des agriculteurs est observé avec intérêt par les ONG environnementales, d’ordinaire opposées à la FNSEA dans les dossiers sur les phytosanitaires. Les paysans espèrent aussi le soutien des consommateurs, en dénonçant les effets sur le contenu des assiettes d’accords commerciaux internationaux, comme le Ceta signé avec le Canada et l’accord UE-Mercosur en cours de négociation. Les agriculteurs demandent la réintroduction dans la loi portant sur l’alimentation, examinée à partir du 26 juin au Sénat, d’un amendement sur l’interdiction d’importer toute denrée produite en utilisant des substances phytosanitaires interdites dans l’Union européenne.

Ils souhaitent aussi que le gouvernement renonce à son contingent d’importation d’huile de palme, et réclament un allégement du coût du travail de saisonniers.

Pas de risque de pénurie de carburant

Une pénurie de carburant n’est toutefois pas à craindre dans l’immédiat, la France comptant au total sept raffineries en activité ainsi que 200 dépôts de carburant. De plus, l’État dispose de stocks stratégiques pour trois mois. Depuis dimanche soir, les raffineries Total de Feyzin près de Lyon, de Gonfreville-l’Orcher près du Havre et de Grandpuits (Seine-et-Marne) sont bloquées par des agriculteurs comme les dépôts pétroliers du port rhodanien Édouard Herriot, du port du Rhin, ainsi que ceux de Vatry (Marne), de Lespinasse près de Toulouse, Coignières (Yvelines) et de Cournon dans le Puy-de-Dôme.

Ils avaient également prévu d’empêcher l’accès aux dépôts de Dunkerque (Nord), Grigny (Essonne), Gennevilliers (Hauts-de-Seine) ainsi qu’à une autre raffinerie Total à Donges (Loire-Atlantique).

Avec AFP