« A quoi ressemble la nouvelle génération de chercheurs agricoles ? » C'est la question posée par Roger Beachy, directeur du Nifa (National Institue of Food and Agriculture) au ministère de l'Agriculture américain, lors de la rencontre-débat organisée mardi dans les locaux de l'Inra.

La réponse est multiple : du conventionnel agronome à l'économiste, en passant par le nutritionniste, le sociologue et le chimiste. C'est pour cette raison que le directeur du Nifa a voulu constituer des équipes pluridisciplinaires. « La composante « sciences » ne suffit pas, il faut aussi tenir compte des composantes « économie » et « société », a-t-il insisté encore, réaffirmant la complémentarité des trois piliers du développement durable.

La composante « société » justement n'est pas la moindre. En témoigne la difficulté de faire accepter les OGM par la société, particulièrement en Europe. « Il faut être de meilleurs communicants, a insisté le scientifique américain. Il faut expliquer la finalité des travaux, montrer ce qui est bon pour l'environnement, la qualité des productions, etc. »

Aux Etats-Unis aussi, remarque Roger Beachy, certains ont adopté une posture philosophique anti-OGM, que la science ne pourra pas changer. Mais il approuve la récente décision du secrétaire d'Etat américain, qui a ré-autorisé la culture de luzerne et de betterave RoundUp Ready après qu'elles ont été suspendues, en se basant sur « des raisons scientifiques ». Et souligne les bienfaits économiques qu'ont apportés les OGM aux farmers... en oubliant les voix qui s'élèvent pour pointer du doigt les effets néfastes (adventices résistantes, etc.).

En France, où les OGM éveillent la méfiance de la société, l'Inra ne s'interdit pas de travailler sur différentes technologies. Car même s'il n'est pas question de développer des cultures transgéniques pour l'instant, « nous devons acquérir des compétences pour être prêts si on nous le demande dans quelques années », a expliqué François Houllier, directeur scientifique délégué de l'Inra.

B.L.