« La bioéconomie, rappelle Luc Esprit, administrateur du think-tank Agridées, c’est avant tout la production, la valorisation et la transformation de la biomasse renouvelable. » Les agriculteurs, avec leurs productions végétales ou animales, sont donc au cœur de ce concept (téléchargez la note d’Agridées sur la bioéconomie). « Les applications sont très larges, énergétiques, nutritionnelles...
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« La bioéconomie, rappelle Luc Esprit, administrateur du think-tank Agridées, c’est avant tout la production, la valorisation et la transformation de la biomasse renouvelable. » Les agriculteurs, avec leurs productions végétales ou animales, sont donc au cœur de ce concept (téléchargez la note d’Agridées sur la bioéconomie). « Les applications sont très larges, énergétiques, nutritionnelles, biomatériaux, et au-delà même, avec le stockage du carbone. »

« Pour nous, l’aspect économique de ce concept est essentiel », précise Marie-Cécile Damave, responsable des innovation et marchés chez Agridées. Le néologisme dissimulerait-il de nouvelles opportunités de développement pour les exploitations agricoles ? « La bioéconomie, confirme M. Esprit, doit être une source de revenu complémentaire pour les producteurs qui s’engagent. »

Créer de nouvelles filières par des paiements pour services environnementaux

Selon le groupe de réflexion, les filières de demain doivent être développées grâce à de nouvelles rémunérations spécifiques aux producteurs, appelées les paiements pour services environnementaux (PSE). « On propose de faire payer le secteur de l’aval pour rétribuer l’approvisionnement en biomasse », explique M. Esprit. Les nouveaux débouchés seraient ainsi financés par l’industrie sans recourir à une hausse des soutiens publics.

Ces paiements, estime le think-tank, pourraient faire partie du volet de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), qui figure aujourd’hui parmi les priorités de nombreux grands groupes. L’initiative reposerait sur l’adhésion de ces entreprises, par la contractualisation ou le gré-à-gré avec les agriculteurs, sans nécessairement recourir à une loi spécifique.

Avec prudence, Marcel Lejosne, exploitant en grandes cultures dans le Pas-de-Calais et administrateur du groupe de réflexion, s’est déjà approprié la démarche. « Je suis en train de nouer des contacts avec des entreprises », raconte-t-il. Il avait déjà entamé une réflexion sur le développement de la méthanisation, il y a plusieurs années, avant de faire marche arrière, faute de rentabilité. Selon lui, « le PSE est une étape nécessaire, mais transitoire. Une fois que les filières sont établies, le paradigme est différent. »

Développer la valorisation des produits animaux

Espérant valoriser toutes les ressources issues du vivant, le groupe de réflexion s’est également penché sur les matières animales. « La valorisation des produits animaux, estime Mme Damave, a encore un potentiel inexploré aujourd’hui. » Les résidus des abattoirs, dont une partie est déjà utilisée pour la fabrication d’aliments pour les animaux de compagnie, pourraient demain faire l’objet de nouvelles applications, du côté de la chimie, ou de l’agriculture elle-même.

« On parle beaucoup de plan de protéine, rappelle la responsable des innovations, et il nous semble donc qu’il est temps de valoriser certains coproduits animaux dans l’alimentation des élevages. » Pas question cependant, pour elle, de remettre en cause la réglementation contraignante sur l’ESB. « Mais des pistes pourraient être développées en volaille ou en porcin. »

Lever les freins à l’innovation et au changement

« La vision réglementaire des résidus de biomasse doit évoluer », prévient Mme Damave. Alors que certains ne voient dans les pailles ou les abats que des déchets, le groupe de réflexion, quant à lui, préfère la notion de coproduits, qui évoque déjà les utilisations secondaires. Un changement de vocabulaire qui facilite les évolutions réglementaires nécessaires au développement du secteur.

« Nous proposons d’augmenter la part valorisée, déclare Mme Damave, pour rendre ces démarches plus rentables. » Les dispositions légales concernant les volumes de « coproduits » transportables ou valorisables devront être ainsi modifiées pour permettre à de nouveaux débouchés, comme la méthanisation, de prendre toute leur ampleur.

Autre frein aux projets de la bioéconomie : le voisinage. « C’est impossible de sortir un méthaniseur aujourd’hui, confie M. Lejosne. On est perpétuellement dans la dualité : nos concitoyens réclament une énergie durable, mais surtout pas dans leurs jardins. » Des groupes d’habitants plus ou moins structurés, méconnaissant des enjeux agricoles ou énergétiques, se montent en effet régulièrement contre les projets innovants relevant de la bioéconomie.

Afin de diminuer une opposition parfois virulente, le think-tank souhaite alors renforcer la communication par le biais d’une plateforme d’échange, mais également déléguer le pilotage des projets aux collectivités territoriales. Pour Luc Esprit « l’échelon local est essentiel » : aucune initiative nationale ou réglementaire ne semble effectivement en mesure de remplacer la sensibilisation directe sur le terrain, au plus près de tous les acteurs concernés.

Ivan Logvenoff