Le déclin des oiseaux des champs se poursuit inexorablement en France en raison notamment de l'intensification de l'agriculture, selon le Muséum d'histoire naturelle. La disparition de l'alouette des champs, de la linotte mélodieuse ou encore du tarier des prés est le signe de l'appauvrissement de la biodiversité, estime l'institution.

Publiées en ligne jeudi 27 mai 2010, les dernières données du programme Stoc (suivi temporel des oiseaux communs) qui fonctionne depuis 20 ans disent que si on s'en tient aux 65 espèces les plus communes, la France a perdu, entre 1989 et 2009, 12 % de ses effectifs d'oiseaux nicheurs.

« En cette année de la biodiversité, le bilan de 2010 du programme n'est pas très encourageant », résume Frédéric Jiguet, coordinateur scientifique de ce programme. « Nous ne sommes pas face à une extinction imminente d'une espèce rare, mais face à une dégradation lente et progressive de la qualité de notre environnement », ajoute-t-il.

Les espèces les plus touchées vivent en milieu agricole

Les espèces les plus touchées sont de loin celles qui vivent en milieu agricole (-25 %), d'après ces résultats. Le Muséum pointe en particulier des changements « profonds » des pratiques comme l'utilisation de pesticides, les arrachages de haies ou encore l'augmentation de la taille des parcelles.

Pour certaines espèces emblématiques, la chute est vertigineuse : sur la période, la France a perdu une alouette des champs sur trois et trois linottes mélodieuses sur quatre.

Les autres espèces « spécialistes » des milieux forestiers (pic épeiche, pouillot siffleur, roitelet huppé, mésange nonette) ou des milieux bâtis (hirondelle, chardonneret) sont également en recul (respectivement -12 % et -21 %).

Pendant ce temps, les espèces dites « généralistes » (pigeon ramier, merle noir, fauvette à tête noire et mésange charbonnière), beaucoup plus adaptables à tous les types d'habitat, ont gagné 20 % de terrain en 20 ans.

Or cette uniformisation, constatée à travers l'Europe, rime avec une perte de fonctions, rappellent les experts du Muséum, soulignant par exemple que la diversité des espèces est une barrière à la propagation des virus.

Les champs bretons sont les plus touchés

La Bretagne, où le paysage agricole a été profondément transformé au cours des dernières décennies, enregistre la plus forte baisse du nombre d'oiseaux des champs sur la période 2001-2009.

Lutter contre le déclin des oiseaux communs pourrait se révéler une tâche complexe, à la différence de certaines espèces menacées qui se portent beaucoup mieux grâce une législation spécifique au niveau européen (c'est le cas de la cigogne).

« Si on veut avoir plus d'alouettes, il ne s'agit pas simplement de mettre en place des mesures dans un ou deux parcs naturels régionaux... Il faut une action de fond sur l'agriculture », résume Frédéric Jiguet.

Pour la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Chantal Jouanno, il est indispensable que des indicateurs du type Stoc gagnent en visibilité, après des années de focalisation sur les espèces emblématiques ou rares et « sur la logique de protection des espaces ».

« Avec les abeilles et autres pollinisateurs, le recul des oiseaux communs est l'indicateur le plus grave et le plus préoccupant de la perte de la biodiversité ordinaire qui participe à tous les équilibres, y compris les équilibres alimentaires », souligne-t-elle.