La Commission européenne a publié, mercredi, une proposition visant à restreindre la conversion de terres en cultures pour la production de biocarburants et à accroître les effets bénéfiques pour le climat des biocarburants utilisés dans l'Union européenne. Une initiative vivement critiquée par la FOP et par la Confédération paysanne. Pour des raisons inverses...

L'utilisation de biocarburants produits à partir de denrées alimentaires pour atteindre l'objectif de 10 % d'énergies renouvelables fixé par la directive sur les énergies renouvelables sera limitée à 5 %. Le but est de stimuler le développement d'autres biocarburants, dits de seconde génération, produits à partir de matières premières non alimentaires, telles que des déchets ou de la paille, dont les émissions sont sensiblement inférieures à celles des combustibles fossiles et qui n'interfèrent pas directement avec la production alimentaire mondiale.

Pour la première fois, l'estimation de l'impact de la conversion des terres, le changement indirect dans l'affectation des sols (ILUC), est pris en considération lors de l'évaluation de la performance des biocarburants en matière de réduction des émissions.

Les producteurs français de biocarburants ont jugé « inacceptable » le revirement de Bruxelles sur ses objectifs en la matière, le jugeant destructeur d'emplois et d'investissements et fondé sur une étude « hautement contestée ».

« Pour nous, c'est un mauvais compromis politique, mais vraiment très mauvais, au sens où il met à mal l'ensemble du développement agricole et industriel sans compter les emplois européens qui sont menacés », a ainsi déclaré à l'AFP Jean-Philippe Puig, le patron de Sofiprotéol, premier producteur français et européen de biodiesel.

Dans un communiqué, la FOP fait part de sa « profonde indignation » face à une « inadmissible reculade ».

La filière française du bioéthanol (FFB) a pour sa part dénoncé dans un communiqué un « retour en arrière incompréhensible » et « inacceptable ».

Le Copa-Cogeca (syndicats et coopératives agricoles européennes) et les principaux représentants du secteur des biocarburants ont manifesté leur opposition à cette décision de la Commission. « Ce revirement profond dans la politique européenne des biocarburants aura des répercussions considérables sur la bioéconomie, l'emploi et les futurs investissements dans les biocarburants », a indiqué le Copa-Cogeca.

A l'inverse, pour Oxfam, les propositions de la Commission ne vont pas assez loin. « Le plafond d'incorporation proposé est plus élevé que le niveau actuel de consommation d'agrocarburants de première génération en Europe », a indiqué l'ONG.

La Confédération paysanne se félicite que la Commission européenne prenne « enfin acte des nombreuses études mettant en cause la responsabilité des agrocarburants industriels dans l'accaparement des terres, la déforestation et l'accentuation de la volatilité des prix agricoles ». Mais elle « dénonce le double langage du gouvernement français qui (..) persiste dans des objectifs d'incorporation plus élevés que l'Europe ».

A télécharger : la proposition de directive

F.V.