La Commission européenne a présenté ce 30 novembre ses propositions de révisions de la directive sur l’énergie renouvelable qui prévoient notamment une réduction draconienne de la part des biocarburants de première génération dans les transports entre 2021 et 2030 qui passerait de 7 % à 3,8 %. Et, à l’inverse, des objectifs croissants d’incorporation de biocarburants dits avancés vont être introduits pour atteindre 3,6 % en 2030. Les réactions des producteurs ne se sont pas fait attendre.

« Un arrêt de mort programmé pour la filière »

Le syndicat des estérificateurs français Esterifrance dénonce ce « changement de cap radical, qui met en évidence l’absence de concertation et le manque de réalisme d’une décision prise sans fondement scientifique et dont les conséquences pour la filière du biodiesel français, principalement issu du colza, seront désastreuses ».

Esterifrance évoque un « coup porté aux agriculteurs, qui traversent une crise sans précédent » et un projet qui représente « une menace d’une ampleur inédite pour les industries de la filière ». Le syndicat évoque le rôle qu’a joué l’investissement de la filière biocarburant sur l’autosuffisance de la France en protéine végétale (de 25 % dans les années 1980 à plus de 50 % aujourd’hui).

« Le projet de la Commission menace directement 20 000 emplois en France, dont plus de 80 % en milieu rural, et au moins 10 usines réparties sur l’ensemble du territoire national », affirme Esterifrance.

Pour Kristell Guizouarn, présidente d’Esterifrance, « le revirement de la Commission européenne anéantit les efforts entrepris pour la décarbonisation des transports. Cela va inévitablement se traduire dès 2020 par une augmentation des importations d’énergies fossiles aux dépens de notre agriculture et de notre industrie. C’est indéfendable et inacceptable. »

« Besoin d’un cadre stable et non d’incessants pas de deux »

La Fop (Fédération des producteurs d’oléoprotéagineux) souligne que « cette orientation remet clairement en cause le principal débouché des producteurs d’oléagineux français ». « En dévalorisant ainsi les graines, la Commission prive les producteurs d’une source de revenu et de fait hypothèque gravement l’avenir de ces cultures pourtant unanimement reconnues comme indispensables. L’incompréhension est d’autant plus forte pour les producteurs français qu’ils ont, sous couvert de leur filière, fortement investi depuis des années pour disposer d’outils industriels performants valorisant leurs graines ».

Pour Gérard Tubéry, président de la Fop, « au moment où la Commission européenne parle de création de centaines de milliers d’emplois du fait de cette proposition, il faut rappeler que les premiers emplois créés sont ceux qui ne sont pas perdus. L’économie a besoin d’un cadre stable pour se développer et non d’incessants pas de deux. L’économie a besoin de confiance pour se développer. Les acteurs économiques ont besoin de considération pour entreprendre. L’objectif d’incorporation de 7 % de biocarburants de première génération doit donc être confirmé. Le développement de biocarburants avancés ne doit pas remettre en cause l’existant ».

Développer la deuxième génération sans abandonner la première

Le Copa-Cogeca a réagi à son tour en précisant « que sans les biocarburants conventionnels, l’UE ne pourra pas atteindre ses objectifs en matière de climat et d’énergie ». Le syndicat européen rappelle aussi l’importance de cet autre débouché pour les agriculteurs, qui leur offre une autre source de revenu.

« Nous nous félicitons des plans visant à introduire progressivement dans l’utilisation des biocarburants avancés qui en sont encore à leurs premiers stades de développement. Mais nous nous opposons à la proposition de la Commission de remplacer les biocarburants classiques par des biocarburants avancés », a déclaré M. Pesonen, secrétaire général du Copa-Cogeca.

« Le dogme supplante à la science »

Le syndicat des betteraviers français, la CGB, réagissait à son tour lors de sa conférence de presse du jeudi 1er er décembre 2016. Alain Jeanroy, directeur de la CGB estime cette proposition comme « inadmissible. C’est une volonté claire de nuire au développement des biocarburants ». Il rappelle que l’Union Européenne est le troisième producteur mondial de bioéthanol avec 55 millions d’hectolitres (Mhl) par an derrière les Etats Unis (150 Mhl) et le Brésil (260 Mhl), et que « 11 à 12 milliards d’euros ont été investis dans la filière en moins de 10 ans ». La CGB évoque un retour en arrière. « La Commisison revient sur des discussions qui ont nécessité plus de deux ans pour aboutir à une décision en 2015 », s’insurge Alain Jeanroy. Selon Eric Laîné, président de la CGB, dans ce débat, « le dogme supplante à la science ».

C.L.J.