Vingt et une nouvelles fermes bio par jour, un magasin spécialisé bio qui s’ouvre tous les deux jours, une hausse de 20 % en valeur du marché bio françaises en 2016, des gains de productivité de 40 % en trois ans… Se félicitant de ces chiffres, la filière du bio a interpellé mercredi les six principaux (d’après les sondages) candidats à l’élection présidentielle lors d’un colloque à Paris.

Réclamer des soutiens

Il s’agissait de montrer le dynamisme de la filière, mais aussi de réclamer des soutiens. Car sans reconnaissance (financière) des externalités positives de la bio, des aides sont nécessaires. « Il faut des budgets stables pour soutenir la conversion des agriculteurs, ce qui n’est pas le cas actuellement, a de nouveau alerté Stéphanie Pageot, de la Fnab (Fédération nationale d’agriculture biologique). Non seulement il y a de gros retards de paiement qui fragilisent la situation des agriculteurs en conversion. Mais en plus, certaines régions n’ont pas du tout prévu assez de budget. Ce qui risque de dissuader les nouvelles conversions. » Il y aurait pourtant des places à prendre, selon Coop de France, qui a rappelé que le bio ne représente encore que 2,4 % du marché alimentaire français, loin derrière le Danemark avec plus de 8 %…

Pour convaincre les candidats d’investir dans la bio, la filière a vanté son rôle dans la société : création de valeur sur le territoire, emplois non délocalisables, alimentation saine, préservation de la qualité de l’eau et de l’air… La Fnab porte au niveau européen la demande de reconnaître, à travers la Pac, les externalités positives de la bio. Elle compte aussi sur les élus locaux pour encourager la bio à travers des projets alimentaires territoriaux. Mais elle a aussi des attentes – partagées avec l’amont et l’aval de la filière – vis-à-vis de l’État.

Un « pacte pour une agriculture et une alimentation d’intérêt général »

Mercredi, la Fnab, le Synabio (transformateurs) et Coop de France ont proposé aux candidats à la présidence de la République de signer un « pacte pour une agriculture et une alimentation d’intérêt général ». Déjà signé par 581 élus locaux de divers courants politiques, ce pacte comporte 8 engagements visant à faire de la France le « premier pays bio d’Europe », en termes de production comme de consommation. Le pacte peut être lu et signé en ligne par les élus sur www.pactebio2017.com.

Le pacte a déjà été signé par Benoît Hamon, qui place la transition écologique au cœur de son programme et prévoit notamment un plan d’investissement dans ce sens, ainsi qu’une attribution privilégiée du foncier aux projets bio ou agroécologiques. Il est « soutenu pleinement » par Jean-Luc Mélenchon qui prône une restauration collective 100 % bio d’ici à cinq ans et une conversion de toute l’agriculture française vers la bio et l’agroécologie. Contrairement à François Fillon (représenté mercredi par l’ancien président de l’APCA, Guy Vasseur) qui « ne veut pas opposer les agricultures ». Corinne Lepage, qui représentait Emmanuel Macron, a indiqué avoir signé le pacte elle-même. Peu prolixe sur les mesures bio, la représentante d’« En marche » a indiqué que le candidat souhaitait mettre en place des paiements pour les services rendus à l’environnement, qui pourraient donc concerner les agriculteurs bio.

Politique agricole française

Le Front national estime que les agriculteurs bio notamment seront mieux protégés en remplaçant la Pac par une politique agricole française et a évoqué une TVA à zéro pour cent sur les produits bio pour donner un signal prix aux consommateurs. Si Yannick Jadot (candidat EELV) n’a pas indiqué s’il avait signé le pacte, son programme va encore plus loin puisqu’il souhaite, à terme, une France à zéro phyto.

Bérengère Lafeuille