« Nous devons répondre de façon durable aux attentes du citoyen, a déclaré Patrick Dehaumont. Nous ne serons efficaces que si tous les acteurs sont mobilisés, éleveurs et vétérinaires. Ce ne sera efficace que si nos réflexions ne se limitent pas à nos frontières. » Et visiblement, Paris veut éviter toute surréglementation d’origine bruxelloise, et ne perd pas de vue la compétitivité des filières françaises d’élevage.

Reste que le sujet du bien-être animal est toujours aussi sensible. Les débats qui ont ponctué le colloque de l’Ordre national des vétérinaires en témoignent. « Parler du bien-être animal est une manière de ne pas réfléchir à la souffrance animale liée à l’industrialisation de l’élevage, insiste Jocelyne Porcher, directrice de recherche à l’Inra. Cela empêche de penser aux conditions de travail de l’animal et de l’homme, et de la relation homme-animal. »

« Il y a un mélange entre la condition animale et la question de manger de la viande ou pas ».

Pour cette chercheuse, le bien-être est une « conception du passé », estimant que la « relation à l’animal domestique a été massacrée par les productions animales. » Ce point de vue, Luc Mirabito, chef de projet à l’institut de l’élevage, ne le partage pas. « Une de nos formations qui a le plus de succès est celle sur la relation homme-animal, objecte-t-il. Il y a un véritable intérêt des éleveurs pour interpréter les réactions de leurs animaux. »

En filigrane, c’est un autre débat qui se profile. « Nous ne pouvons pas éternellement faire des usines de production de lait et de viande, lance Geneviève Gaillard, députée des Deux-Sèvres. Il faut aller plus loin que les réflexions. Il faut des décisions sinon on n’avancera pas. La colère des chasseurs ou des agriculteurs n’est pas justifiée. Nous n’avons jamais voulu empêcher les gens de manger de la viande mais de le faire dans le respect des animaux. »

Quelques minutes plus tôt, Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, avait anticipé le virage que prenaient les échanges. « Le débat sur le bien-être animal manque de recul et de juste mesure, estime-t-elle. Il y a un mélange entre la condition animale et la question de manger de la viande ou pas. Les agriculteurs sont des sentinelles au quotidien du bien-être animal, et votre rôle à vous, les vétérinaires, est de nous accompagner. Votre code de déontologie vous donne de la hauteur pour vous exprimer. »

Eric Roussel