Faisant le constat d’un intérêt croissant de la population pour les conditions de vie des animaux, ces chercheurs disent assister depuis plusieurs mois, « à une campagne active des lobbies de l’élevage intensif » avec, à la clé, une « influence grandissante dans les décisions publiques qui prend une dimension inquiétante pour notre démocratie », indiquent les 130 chercheurs, principalement en sciences sociales, dans une lettre rendue publique le 21 janvier 2019.

Demeter à l’index

Dans leur viseur notamment, la création en octobre dernier de la cellule de gendarmerie Demeter, chargée « du suivi des atteintes au monde agricole », via des conseils aux éleveurs, de l’analyse du renseignement, et le traitement judiciaire desdites atteintes.

Voir aussi : Intrusions dans les exploitations : Une cellule pour mieux protéger les agriculteurs (16/12/2019)

« Le dévoiement […] de ressources publiques, dont celles du renseignement chargé d’assurer la protection des populations civiles contre des actes meurtriers est inquiétant », dénoncent-ils, craignant l’adoption de nouvelles mesures « contre les lanceurs d’alerte ». Selon eux, « la pénalisation des lanceurs d’alerte priverait d’une source d’information essentielle ».

Un œil à l’intérieur des élevages

« Si nous n’avons plus de vidéos de lanceurs d’alerte, nous serons incapables de dire ce qui se passe à l’intérieur des élevages, ce qui est une confiscation du débat public », a déclaré à l’AFP Romain Espinosa, chargé de recherche au CNRS et intervenant à l’université de Rennes 1, et l’un des initiateurs du texte. « Aujourd’hui le débat sur le bien-être animal est entré dans la sphère publique après avoir été longtemps confiné à la sphère privée », a-t-il ajouté.

« Il ne s’agit pas de critiquer les petits élevages, mais l’élevage intensif, les hangars avec les dizaines de milliers de poulets », poursuit l’économiste, qui travaille sur l’alimentation végétale et la condition animale.

L’université Rennes 2 a lancé à la rentrée de 2019 un diplôme universitaire « Animaux et société ». La présence de l’association antispéciste de protection des animaux L214 parmi les intervenants avait créé la polémique.

Voir aussi : Éthique animale : Un diplôme d’antispécisme à l’université de Rennes 2 (11/06/2019)

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R.A. avec l’AFP