Les syndicats de Groupama, quelque peu rassurés par l'annonce de discussions avec la Caisse de dépôts et consignations (CDC) pour obtenir de l'argent frais, s'interrogent néanmoins sur l'avenir du groupe et la responsabilité des administrateurs dans sa mauvaise passe financière.

Très inquiets par la santé financière de l'entreprise et pour l'emploi, une intersyndicale CFDT, CGT, CFE-CGC du groupe avait voté le 3 novembre une résolution à l'unanimité permettant de déclencher un droit d'alerte lors d'un comité central d'entreprise et mandaté un cabinet d'experts (Secafi-Alpha).

La Fédération de l'assurance CFE-CGC avait même interpellé le gouvernement « sur la situation périlleuse dans laquelle se trouve Groupama, dont la solvabilité semble s'être dégradée subitement », demandant à être reçue au plus vite par François Baroin.

Aujourd'hui, la Caisse des dépôts pourrait sortir le groupe de la tourmente en rachetant les parts de la société immobilière Silic, spécialisée dans les bureaux, dont Groupama détient 44 % des parts et investir dans la filiale Gan Eurocourtage.

« Il semblerait que ce soit un mariage qui arrange tout le monde puisqu'il y a des intérêts communs aux deux entreprises. Si cela permet au groupe de passer le cap de la solvabilité au 31 décembre, c'est plutôt rassurant pour tous les salariés du groupe », a déclaré François Serpaud, de la CFE-CGC Groupama.

Pour Henri Rouch, de la CFE-CGC Gan Assurances, c'était le dossier sur lequel « travaillait Jean Azéma au moment où il a été débarqué » et également l'issue prônée par le syndicat.

Après 36 ans passés chez Groupama, M. Azéma a fait les frais de l'incertitude autour de la situation financière de l'assureur mutualiste et a été révoqué le 24 octobre par le conseil d'administration de son poste de directeur général. Il a été remplacé par Thierry Martel, 48 ans, qui était directeur général en charge de l'assurance et de la banque pour la France.

« Finalement que de bruits pour en arriver à la solution qui était en cours de préparation », a déploré M. Serpaud.

« Il reste toujours dans cette affaire la responsabilité des administrateurs. Comment avons-nous pu en arriver là, cela reste de vrais sujets, il faudra les analyser à froid », a-t-il ajouté.

Depuis une dizaine d'années, Groupama a multiplié les acquisitions à l'étranger et acheté pour 2,983 milliards d'euros en obligations des Etats grec, italien, espagnol, irlandais et portugais.

L'Autorité de contrôle prudentielle (ACP), le gendarme du secteur, a donné à jusqu'à la fin de l'année pour redresser la barre.

« Nous avons mené un train d'enfer ces onze dernières années, [...] il ne faut pas croire que tout va se résoudre en décembre », a assuré Philippe Goret, porte-parole CGT du collectif Groupama Gan.

Pour le syndicaliste, « il appartient aux administrateurs de s'interroger sur les choix stratégiques qu'ils ont accompagnés ». L'éviction de M. Azéma ne les « dédouane pas de leurs responsabilités », a-t-il ajouté.

Il a également déploré la « regrettable dépendance du groupe aux marchés ».

A la fin de septembre, les agences de notation financière Fitch et Standard and Poor's ont abaissé la note de Groupama.

Groupama, sixième assureur français, compte 38.500 salariés et est présent dans 13 pays d'Europe.

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