Pour les courriers importants, Daniel Senetaire, habitant de Biollet, dans le Puy-de-Dôme, a pris pour habitude de s’asseoir sur la pierre située juste sous le cèdre devant la porte de sa maison. Aussi quand il a reçu ce qu’il prenait pour un courrier des impôts, l’ancien polyculteur-éleveur, âgé aujourd’hui de 71 ans, a suivi le même cérémoniel, sous le regard de Viviane, sa voisine, qui passait par là. Quelle ne fut pas leur surprise de découvrir un avis de contravention pour stationnement gênant à Paris.

« Où c’est que t’es allé mettre tes pieds ? », m’a demandé la voisine. Mais moi je ne comprenais pas, ce n’était pas la plaque de ma voiture… Et puis surtout, c’était écrit : le 22 août 2018, avenue de Wagram, dans le 17e arrondissement de Paris… Je ne suis pas allé à la capitale… Quand ça vous tombe sur le coin de la figure, ça fait bizarre. »

Daniel Senetaire, agriculteur à la retraite jusqu’ici plutôt tranquille.

Fabriqué à Bagnères-de-Bigorre en 1951

C’est Viviane qui a eu l’idée d’aller voir tout de suite les tracteurs sous le hangar. Daniel Senetaire en fait la collection depuis des années, il en possède dix aujourd’hui. « Elle a vite trouvé lequel c’était. »

Un vieux tracteur de la marque « Société française » qui date de 1951 et dont la vitesse de pointe ne dépasse pas les 20 km, il est alimenté par un mélange d’huile de récupération et du gasoil. « C’est du matériel de fabrication militaire, construit à Bagnères-de-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées. Il est costaud, mais pas pour la route. Je l’ai acheté à Vierzon en 1999 et je me suis amusé à le remettre en état. »

À la suite de la grande tempêt e, Daniel Senetaire a subi de gros dégâts, et pour déplacer les grumes de chêne tombées sur son exploitation et dans la forêt d’à-côté, « je suis allé voir ce type qui vendait de vieilles casseroles comme on dit. J’ai pensé que celui-ci ferait bien l’affaire. Et c’est vrai, il m’a rendu de bons services, pas plus tard qu’au printemps, pour débarder un arbre ». Mais depuis six mois, le tracteur n’est pas sorti du hangar.

La faute aux Italiens, selon les gendarmes

« Quand ça vous tombe sur le coin de la figure… répète l’agriculteur. J’ai dû faire des démarches. » Daniel Senetaire a écrit une lettre pour demander à faire annuler le PV de 35 euros. « L’autre jour, j’ai croisé la gendarmerie, je leur ai demandé comment ça pouvait arriver… Ils m’ont dit que c’étaient des Italiens qui se déplaçaient avec des fausses immatriculations ! »

Daniel Senetaire attend aujourd’hui une réponse à son courrier. Mais ce qui l’inquiète bien davantage désormais, « c’est la sécheresse qui nous est tombée sur le coin de la figure. C’est rôti de chez rôti cette année… Au fond, c’est peut-être le moment d’aller à Paris ! »

Rosanne Aries