À l’ouverture de la conférence de presse ce 8 novembre 2018 à Paris, Muriel Vayssier, chef du département de la santé animale de l’institut de recherche, écarte le dogmatisme en quelques mots. « Les antibiotiques sont utiles, il ne faut pas les supprimer. » Les chercheurs se penchent ainsi sur les alternatives dans la mesure où elles permettront de rendre moins fréquents et plus ciblés les traitements...
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À l’ouverture de la conférence de presse ce 8 novembre 2018 à Paris, Muriel Vayssier, chef du département de la santé animale de l’institut de recherche, écarte le dogmatisme en quelques mots. « Les antibiotiques sont utiles, il ne faut pas les supprimer. » Les chercheurs se penchent ainsi sur les alternatives dans la mesure où elles permettront de rendre moins fréquents et plus ciblés les traitements avec des antibiotiques.

« Le problème de l’antibiorésistance, explique Muriel Vayssier, doit être pris sur tous les fronts. » Il faudra donc l’implication de tous les acteurs, de l’éleveur au transformateur, pour empêcher le développement des bactéries pathogènes, mais les chercheurs sont prêts à les aider. Prévenir, surveiller ou soigner, quelles solutions la recherche imagine-t-elle donc pour demain ?

Prévenir avec le bien-être et les plantes

Françoise Médale et son équipe de l’unité de physiologie animale et des systèmes d’élevage explorent les moyens de limiter les infections par les conditions d’élevage. « On travaille beaucoup sur la prévention et le bien-être, explique-t-elle. Des animaux élevés dans de meilleures conditions seront plus robustes. »

Les chercheurs s’intéressent à l’alimentation des mères en élevage porcin ou de volailles, espérant, en favorisant une flore intestinale riche dès la gestation, développer la résistance des jeunes aux pathogènes. Autre piste de réflexion : la prolificité.

Inutile de chercher à obtenir de très larges portées, si cet effort augmente le taux de mortalitéFrançoise Médale, chercheuse à l’Inra

« Nous travaillons également, poursuit Françoise Médale, sur des solutions comme les huiles essentielles, en alternative ou en appui aux traitements. » Les bovins seront-ils massés demain avec de la verveine ou de la cardamome pour détruire les bactéries ? « Les propriétés anti-inflammatoires et antibactériennes des huiles essentielles sont très complexes, tempère Françoise Médale. Nous testons actuellement des mélanges in vitro sur des modèles cellulaires. »

Surveiller par l’intelligence artificielle

Un porc qui boite, une vache qui se frotte trop souvent aux murs ? L’animal est peut-être sain, mais il peut aussi montrer des signes d’une maladie en développement. C’est pour aider les éleveurs à détecter le plus tôt les comportements liés aux infections que la nouvelle unité de recherche inaugurée par l’Inra à Toulouse en 2018 travaille sur des outils de suivi personnalisé des animaux.

Par des capteurs mesurant les mouvements dans l’étable, les passages aux abreuvoirs, ou la fréquence d’alimentation, les chercheurs collectent de nombreuses données, qui permettront peut-être, une fois traitées par des calculateurs puissants, de déclencher des soins spécifiques avant même les premiers symptômes. Et surtout, en évitant la contamination aux autres bêtes.

Soigner par le gruyère et les algues

Directeur de l’unité des sciences et technologies du lait et de l’œuf, Yves Leloir a, quant à lui, déclaré la guerre aux mammites. « Une fois que le vers est dans le fruit, résume-t-il, difficile de l’en extraire. » C’est en s’intéressant aux contaminations dans l’industrie agroalimentaire que le chercheur a découvert les propriétés de certaines bactéries lactiques présentes dans le fromage. In vitro, ces bactéries seraient capables d’inhiber le développement des staphylocoques, « qui sont, rappelle-t-il, les principaux responsables des mammites ».

Du côté de la Bretagne, on s’intéresse aux propriétés des algues. Mustapha Berri, ingénieur de recherche à l’unité d’infectiologie et de santé publique, a réussi à montrer avec son équipe, et en collaboration avec la société Olmix, que certains sucres contenus dans la laitue de mer stimulent les défenses naturelles dans l’intestin des porcs.

Les tests in vitro ayant été très concluants, de nouvelles expériences devraient être lancées prochainement dans des élevages, notamment sur les truies gestantes. « Les algues ne pourront être qu’un additif alimentaire », précise le chercheur. Impossible de dépasser un certain seuil dans les rations, puisque les parois de ces plantes sont difficilement digestibles.

De gauche à droite : Christophe Nguyen-Thé, Françoise Médale et Mustapha Berri. © I. Logvenoff/GFA

Christophe Nguyen-Thé, chercheur en microbiologie, tente de son côté de désarmer les bactéries. « On sait aujourd’hui que le fer joue un grand rôle dans les infections aux staphylocoques dorés. » Les médicaments à venir pourraient venir bloquer ces systèmes, ou cibler des types précis de pathogènes. « Nous travaillons sur des virus bactériophages, indique-t-il, qui, en mélange, pourraient empêcher les infections de manière très spécifique. »

Cerveaux connectés

« Ces recherches, souligne Muriel Vayssier, nécessitent des approches multidisciplinaires. Il faut réunir des physiologistes, des microbiologistes mais aussi des mathématiciens et des éleveurs, afin de rendre les avancées applicables sur le terrain. »

C’est dans cet esprit de mise en pratique que l’Inra participe au réseau R2A2, qui rassemble tous les acteurs concernés, afin de définir les projets de recherche qui permettront, demain, de trouver des alternatives viables et efficaces aux traitements antibiotiques.

Ivan Logvenoff
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