« Ce contexte a renforcé la prise de conscience des consommateurs du besoin de plus d’équité dans les relations commerciales » explique un communiqué de la plateforme du commerce équitable. Pour preuve, les ventes de produits issus de la filière française de commerce équitable ont bondi de 155 % en 2016.

Les ventes de ces produits se font à 43,71 % via des boutiques bio. Les autres canaux de distribution sont les commerces de proximité ou encore la vente en ligne. La grande et moyenne distribution (GMS) ne représente que 3,4 % des ventes de produits équitables français contre près de 42 % pour les filières internationales. « Il est à noter également l’arrivée de la catégorie “boulangerie” comme nouveau lieu de vente de produits équitables avec les pains et la viennoiserie issus de blés et de farines “Agri-Éthique” échangés aux conditions du commerce équitable (50 %) », signale La plateforme pour le commerce équitable.

« C’est qui le patron ? » en fer de lance

Le succès de la marque « C’est qui le patron ? », lancée récemment pour assurer un revenu à des producteurs laitiers français en difficulté, a montré que les consommateurs étaient prêts à se laisser convaincre : 10 millions de litres ont été vendus en quelques mois. Le prix a été défini après avoir interrogé les clients pour savoir s’ils acceptaient de payer un peu plus cher pour que le producteur puisse vivre de sa production ou prendre des vacances par exemple. Dans le secteur du lait, la marque FaireFrance, lancée, elle, par des producteurs suit aussi son chemin. Autre initiative, les petits producteurs de tomates de la marque Rougeline dans le sud et le sud-ouest de la France affichent leur photo en noir et blanc et leur nom sur la barquette pour renforcer la proximité avec le consommateur.

Une croissance grâce à la présence en rayon

Du coté des filières internationales, un sondage OpinionWay pour Max Havelaar France met en évidence un écart entre la prise de conscience des consommateurs et leurs actes d’achat. Devant le linéaire de tablettes de chocolat ou de dosettes d’espresso, quel consommateur se demande qui est le producteur qui a récolté la fève de cacao ou le grain de café ? Très peu de gens en réalité. Le commerce équitable, qui garantit une juste rémunération aux producteurs face aux dégâts de la mondialisation et de la guerre des prix des grandes enseignes, ne cesse d’augmenter ses ventes en France. Mais plus en raison de sa présence croissante dans les grandes surfaces que par une demande du consommateur lui-même, révèle le sondage réalisé à l’occasion de la 17e quinzaine du commerce équitable du 13 au 27 mai.

Un consommateur sensibilisé mais pas pour autant acheteur

La sensibilisation a pourtant fait de nets progrès : 77 % des personnes interrogées affirment qu’elles aimeraient être assurées que les aliments et les boissons qu’elles consomment ne sont pas produits dans des conditions d’exploitation. Et 68 % se disent même prêts à payer « légèrement plus cher pour un produit qui garantit des conditions de travail et une rémunération justes pour les producteurs ». Mais, au moment décisif de l’achat, seulement 35 % des gens se demandent qui est la personne qui a produit les aliments, et 26 % voudraient savoir comment sont rémunérés les producteurs. Le réflexe d’achat est déclenché par trois principales questions : 73 % des consommateurs se demandent si le goût va plaire à la famille, 72 % s’inquiètent de savoir si l’aliment est « bon pour la santé » et 62 % cherchent à savoir où il a été produit, selon ce sondage.

« Les consommateurs sont sensibilisés à ce qu’est le commerce équitable et à la situation des producteurs, mais lorsqu’ils sont dans le magasin, ils ne pensent pas à ça », résume Emilie Sarrazin, présidente du label Max Havelaar de commerce équitable, implanté en France depuis 1992. « À l’occasion de la quinzaine du commerce équitable, nous souhaitons interpeller les magasins et les marques pour qu’ils répondent à ces besoins », ajoute-t-elle. Il reste du travail : si chaque français consomme 7 kg de chocolat par an, seulement 22 grammes sont équitables, selon Max Havelaar.

7,98 € par an et par habitant

En France, le secteur du commerce équitable, qui porte sur plus de 3 400 produits labellisés Max Havelaar (dont 75 % bio) affiche une croissance importante, avec un chiffre d’affaires de 535 millions d’euros en 2016, soit +20 % par rapport à 2015. Mais cela représente une toute petite dépense de 7,98 euros par an et par habitant en moyenne.

L’une des croissances les plus importantes vient de la banane (+33 %), qui devient « incontournable » grâce à l’engagement de « Carrefour, Auchan, Intermarché et Biocoop entre autres », salue Max Havelaar. L’une des réussites les plus récentes est la rose labellisée équitable, dont les ventes ont été multipliées par trois, grâce aux engagements pris par des chaînes comme Aquarelle.com et Système U, note l’organisme.

Le sondage Opinion Way a été réalisé auprès de 1.051 personnes selon la méthode des quotas les 5 et 6 avril, sur la base d’un questionnaire auto-administré en ligne. Les marges d’incertitude sont de 1,5 à 3 points au plus.

Avec AFP