« Certaines dénominations font directement référence à des produits laitiers, viandes, poissons ou produits de charcuterie, ce qui contrevient aux usages, voire à la réglementation, et peut induire en erreur le consommateur », pointe la DGCCRF (la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes).

La culture de l’ambiguïté

À la suite d’une enquête menée auprès de 374 établissements, « principalement au stade de la distribution (grande et moyenne surfaces et commerces de détail et saisonniers) », la Répression des fraudes a publié le 27 janvier 2020 ses résultats qui montrent l’opacité et l’ambiguïté entretenue autour des produits végans.

L’institution révèle « l’usage de dénominations de vente et de présentation qui peuvent tromper le consommateur lors de son achat. En effet, ces dénominations puisent dans le registre des produits d’origine animale pour désigner des denrées qui revendiquent une composition exclusivement végétale ».

Et de citer quelques exemples, parmi les produits :

  • laitiers : « fromages vegan », « lait de chanvre » ;
  • carnés : « filet végétal façon canard », « bacon vegan », « jambon roulé aux herbes » ;
  • de la mer : « bâtonnets de poissons panés », « filet de saumon végétal » ;
  • au chocolat : « lapin de Pâques en chocolat au lait végétal » ;
  • au miel : « sirop au goût de miel et de caramel ».

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« Les dénominations de vente utilisées pour qualifier les nouveaux produits développés sont conçues pour les rapprocher de leur équivalent traditionnel d’origine animale, ne serait-ce qu’en qualifiant leur mode de préparation pour orienter le consommateur sur le moment de consommation, par exemple “râpé” », souligne la Répression des fraudes.

Bio, mais « très transformé »

Les enquêteurs ont par ailleurs comparé le prix de vente au public de certains produits d’origine animale avec celui de leur équivalent végan : « La marge brute des professionnels sur les produits végans semble […] plus importante que pour des produits « traditionnels ». Ces différences s’expliquent par le fait que les produits végans revendiquent souvent également d’être « bio ». Par ailleurs, pour approcher le goût ou la texture des produits « traditionnels », ils sont très transformés et ont fait l’objet de recherches qu’il faut financer. »

Leur prix peut être « 2 à 4 fois plus élevé » que celui de leurs équivalents d’origine animale.

L’enquête n’avait pas une vocation répressive, note la DGCCRF, mais avait pour finalité d’acquérir une vision plus claire du marché, ainsi que de rappeler la réglementation aux opérateurs.

Sur les 374 établissements contrôlés, elle indique avoir délivré :

  • 2 procès-verbaux pénaux,
  • 18 injonctions,
  • 66 avertissements.

La Répression des fraudes prévoit de poursuivre ses contrôles.

Rosanne Aries

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