Depuis un an et demi, les associations qui accompagnent les agriculteurs bio ou les syndicats agricoles alertent les élus régionaux et nationaux sur le sort des agriculteurs en conversion biologique. Mais rien ne change.

Le 22 février, une délégation de la Coordination rurale (CR), section bio, s’est rendue chez Anne et Christophe Chanet. Ce couple d’agriculteurs bio, en conversion depuis 2014, exploite 138 ha, en grandes cultures, à Tremblay-les-Villages (Eure-et-Loir). Ils n’ont plus de trésorerie.

« Nous allons bientôt avoir 55 ans tous les deux, et nous sommes obligés d’aller pleurer chez les banquiers pour un prêt de trésorerie ! », s’insurge Christophe. « On a fait des sacrifices, Christophe est parti travailler à l’extérieur plusieurs années, on a réussi à s’en sortir. Mais, cette année, entre une moisson catastrophique et des aides qui n’arrivent pas, c’est très dur », ajoute Anne, désemparée.

Le financement des aides encore repoussé

Anne et Christophe attendent encore 25 % des aides Pac bio de 2015. « Les aides auraient dû être payées depuis deux ans ! À la fin de 2016, on nous a dit à la fin de mars et c’est maintenant reporté à la fin de mai. C’est incroyable ce manque de réactivité », juge Clarisse Péron, coprésidente de la section bio de la CR.

En plus de ce problème national de délais, s’ajoute, dans certaines régions, un manque de financement. Dans la Région du Centre-Val de Loire, l’enveloppe du Feader 2014-2020 est épuisée depuis septembre 2015. Anne et Christophe ne toucheront aucune aide pour 2016. « Les élus régionaux ont largement sous-estimé les aides bio. C’est à eux de mettre la main à poche. Et rapidement ! », ajoute Clarisse Péron.

Même urgence, pour la fédération régionale des agriculteurs bio du Centre-Val de Loire, qui dans un communiqué, s’insurge : « Aujourd’hui, la situation est aussi absurde qu’intenable et, à force de promesses non tenues, la confiance est rompue. Trop, c’est trop ! Nous ne pouvons plus attendre. »

Ils réclament le paiement immédiat des aides de 2015 et 2016 et la prise en charge par l’État et les Régions des intérêts sur les prêts contractés par les paysans bio pour faire face aux retards.

Aude Richard