Start-up de l’agriculture ? Guillaume et Gonzague se revendiquent « agricoolteurs ». Tous deux issus du monde agricole, c’est en école de commerce qu’ils ont fait leurs armes pour vendre aujourd’hui un concept qui plaît bien aux urbains : le « cooltainer » de fraises. Le premier du genre n’est pas sorti de terre mais a été déposé par grue, le long du parc de Bercy, dans le XIIeme arrondissement de Paris.

« Nous pouvons nous installer partout, lance Guillaume, qui s’occupe de la partie commercialisation et communication. En sous-sol et dans les espaces perdus, le long du périphérique ». Si les deux jeunes entrepreneurs avancent à tâtons sur la partie production, côté marketing et communication, le discours est bien rodé. Et la demande est là : plus de 1 000 parisiens se sont inscrits sur une liste d’attente pour déguster ces fruits cultivés en bas de chez eux.

Installation facilitée

« Il y a une grosse demande de la ville de Paris pour produire sur place », explique le jeune entrepreneur, qui met en avant la faible autonomie alimentaire de la ville (3,5 jours si les accès à Rungis sont bloqués). L’objectif n’est pas de concurrencer les agriculteurs mais bien de proposer une alternative aux citadins qui voudraient « retrouver le goût des fruits et légumes tout juste cueillis » sans forcément passer par des Amap » (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne). L’investissement pour le prototype installé à Bercy se chiffre à 80.000 €. Il a été financé par des investisseurs privés « convaincus par le projet ». « Mais plus il y aura de containers, plus l’investissement de départ se réduira », garantit Guillaume. Une dizaine d’autres devraient être installés début 2016. Les entrepreneurs cherchent désormais 5 millions d’euros pour se développer.

Des fraises en container à Paris
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  • Guillaume Fourdinier et Gonzague Gru sont les deux dirigeants de la société Agricool - © Agricool

  • Ils espèrent produire 7 tonnes de fraises par an et par container - © Agricool

  • Le premier container a été installé à Paris dans le XIIeme arrondissement - © Agricool

  • Déjà 1 000 parisiens sont inscrits sur une liste d’attente pour goûter ces fraises cultivées en bas de chez eux - © Agricool

  • Un substrat en plastique recyclé accueille les fraisiers, il a une durée de vie de 10 ans - © Agricool

  • Un container accueille 3 600 plants de fraisiers installés à la verticale - © Agricool

  • Il s’agit juste d’un support alimenté par de l’eau et des nutriments NPK en système goutte à goutte - © Agricool

  • Des Led basse consommation fournissent la lumière « mais juste le spectre utile pour la fraise, soit un mélange de bleu et de rouge », précise Guillaume - © Agricool

  • La température est maintenue entre 22 et 23 °C le jour (créé artificiellement par les Led), et 16 °C la nuit (quand les Led s’éteignent). L’humidité est fixée à 80 % en permanence, et l’air est filtré et renouvelé - © Agricool

Un nouveau métier ?

La société « Agricool » est une société commerciale de type SAS car l’objectif est « de concevoir un outil, pas de produire des fraises avec 50 containers », insiste Guillaume. À terme, les deux comparses espèrent vendre le concept à des agriculteurs d’un nouveau genre qui souhaiteraient s’installer en ville. La production, estimée à 500 grammes/pied, soit 7 tonnes de fraises par an et par container, est écoulée en direct sous forme de barquettes de 250 grammes vendues 3 €. Le chiffre d’affaires sur une année s’élèverait, selon les prévisions, à 85.000 euros par container, duquel devaient être déduits environ 30.000 € de charges (électricités, barquettes, etc…). « Une personne peut s’assurer un revenu avec 3 containers tout en couvrant l’amortissement du container et les services d’Agricool », assure Guillaume.

Milieu fermé

D’un point de vue technique, le container doit avoir accès à l’eau et à l’électricité et fonctionne en atmosphère contrôlée. Les plants de fraisiers, 3 600 par container, sont installés à la verticale dans un substrat en plastique recyclé très oxygéné qui a une durée de vie de 10 ans. « Il s’agit juste d’un support alimenté par de l’eau et des nutriments NPK en système goutte à goutte », précise Guillaume. L’eau, mélangée aux nutriments, provient d’une cuve et circule en circuit fermé grâce à une pompe. Aucun produit phytosanitaire n’est utilisé. Des Leds basse consommation fournissent la lumière « mais juste le spectre utile pour la fraise, soit un mélange de bleu et de rouge », précise Guillaume.

La température est maintenue entre 22 et 23 °C le jour (créé artificiellement par les Led), et 16 °C la nuit (quand les Led s’éteignent). L’humidité est fixée à 80 % en permanence, et l’air est filtré et renouvelé. « L’automatisation de la gestion de ces trois critères est en cours », précise Guillaume qui doit encore pour l’instant passer trois fois/jour au container vérifier ces composantes. « J’ai autant de contraintes qu’un éleveur pour l’instant, je suis un éleveur de fraises ! »

Des bourdons sont introduits dans le container afin de favoriser la pollinisation des variétés cultivées choisies pour leur goût.

Les premières fraises sont récoltées six semaines après la plantation. Les pieds, installés pour trois mois, sont renouvelés après chaque récolte. Quatre récoltes sont réalisées par an. « Dans l’avenir, nous pensons récupérer les fraisiers des producteurs en octobre-novembre pour les recycler dans nos containers », réfléchit tout haut Guillaume.

« Nous sommes le plus écolo possible » Guillaume Fourdinier, dirigeant de la société agricool

Avancer l’argument écologique pour convaincre le consommateur

L’ agricoolteur le confirme, « rien n’est naturel dans cette production de fraises ». D’ailleurs, pour lui, rien n’est naturel de toute façon ! En revanche, il se dit « le plus écolo possible ». Avec une production en atmosphère contrôlée, aucun phytos n’est utilisé. Et en vendant à la porte du container, il n’y a également aucune pollution due au transport. Concernant l’électricité, un contrat a été signé avec Enercoop pour une électricité 100% renouvelable issu de centrales hydrauliques, d’installations éoliennes, de centrales biomasses et d’installation photovoltaïques. Pour l’eau, 25 m3 sont consommés par an, soit « 80 % de moins que sous serre conventionnelle car nous fonctionnons en circuit fermé ».

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Pauline Bourdois et Florence Mélix