Le commissaire européen à l'Agriculture, Dacian Ciolos, a mis en garde, le 26 février au Sia, contre la tentation des « dérogations » aux règles de l'agriculture biologique au sein de l'UE qui permettraient d'accroître artificiellement la production pour répondre à la demande.

« Depuis que les principes élaborés par la profession ont été adoptés, le secteur s'est fortement développé et, clairement, la demande excède l'offre : le risque est que certains producteurs veuillent répondre à cette demande en diluant les concepts », a-t-il déclaré devant la presse, en marge du Salon de l'Agriculture à Paris.

M. Ciolos a proposé aux 28 Etats membres de l'Union européenne de réviser le règlement du bio en vigueur à la fin de mars 2014, avant la fin du mandat de l'actuelle Commission.

Le premier règlement sur l'agriculture biologique, entré en vigueur en 1992, a été révisé en 1999 pour préciser les règles de conduite en matière de production, d'élevage et d'étiquetage. Il interdit l'utilisation d'intrants chimiques et d'organismes génétiquement modifiés. Depuis, des dérogations ont été introduites en 2004, par exemple quand les semences bio ou le matériel nécessaire à la reproduction végétative n'est pas disponible.

Actuellement, dans l'UE, la consommation de bio n'excède pas 8 % et les surfaces agricoles 5 % du total, a rappelé M. Ciolos. Mais « nous sommes face à un tel succès que la tendance est de pousser aux dérogations pour augmenter la production », a-t-il mis en garde. « Si nous continuons ainsi, il y aura un risque de décalage entre les attentes du consommateurs et ce qu'il trouvera réellement à l'étal. Si, dans deux ans, les contrôles montrent que le bio contient des produits chimiques, ce sera la fin du secteur. »

Pour M. Ciolos, « l'important est de ne pas tromper la confiance du consommateur ». « Quand on dit qu'un produit bio est sans pesticide, il faut déterminer jusqu'où on peut le garantir. Et on ne va pas jouer les marchands de tapis pour ajouter quelques pour cent de non-bio ». « Mais si nous ne sommes pas suffisamment clairs, les consommateurs vont se détourner du bio pour créer une autre certification », a prévenu Dacian Ciolos, ingénieur agronome roumain.