Sur la bio, la Région du Grand Est, qui accueillait l’assemblée générale de la Fnab (Fédération nationale de l’agriculture biologique) les 4 et 5 avril 2017, est encore un peu à la traîne avec 4 % de sa SAU convertie, contre près de 5 % pour la moyenne nationale. Mais les chiffres qu’elle annonce pour ces dernières années sont symptomatiques du développement de la bio en France : « Les surfaces bio, qui ont doublé entre 2008 et 2016, devraient de nouveau doubler en l’espace de… trois ans », annonce Julien Scharch, président de l’Obapa (producteurs bio d’Alsace) et du futur réseau bio du Grand Est.

Face à ces changements d’échelle, la filière se demande « où va la bio ? ». Deux problématiques se posent. La première est celle des valeurs. « La révision de la réglementation bio en Europe aurait pu être l’occasion de renouer avec les fondements de l’agriculture paysanne, estime Stéphanie Pageot, présidente de la Fnab. Au lieu de ça, on craint de voir nos lignes rouges franchies, par exemple avec l’autorisation du hors-sol… »

La négociation, telle qu’elle est partie, risque fort, en effet, de se limiter à la recherche du plus petit dénominateur commun entre des États membres aux exigences et aux visions contrastées. Mais la question de la dilution des valeurs de la bio ne repose pas que sur les normes réglementaires : « Aujourd’hui, ce sont surtout les grandes surfaces qui font la promotion de la bio, et non plus les acteurs historiques », relève ainsi l’eurodéputé José Bové.

Des régions pas assez transparentes

L’autre problématique est celle des financements. « Sans parler des retards de paiement, qui sont un problème à part, la plupart des régions sont en cessation de paiement, à cause d’enveloppes sous-dimensionnées dès le départ », note Stéphanie Pageot. « En Champagne Ardenne, au début de 2017, il reste 3 M€ sur les 15 M€ alloués à la bio pour 2014-2020. En Lorraine, il reste 4 M€ sur 23 M€ », constate Sylvie Copart, présidente de la Frab Champagne Ardenne.

Outre des erreurs manifestes d’appréciation, la filière soupçonne certaines Régions d’avoir choisi délibérément de flécher davantage de fonds du second pilier vers la modernisation des bâtiments, entre autres. Et demande davantage de transparence sur l’utilisation des crédits européens du Feader (deuxième pilier).

La Fnab a interpellé le ministre de l’Agriculture sur le financement du nouveau plan « Ambition bio » mais attend des réponses. « Il faudrait prendre les décisions aujourd’hui, par exemple pour transférer davantage de fonds du premier vers le second pilier », s’impatiente Stéphanie Pageot.

Conséquence de cet immobilisme : alors que la campagne de déclaration s’ouvre, les agriculteurs convertissant aujourd’hui leur exploitation n’ont aucune visibilité sur les aides qu’ils toucheront. Quant à l’aide au maintien, que la filière assimile à une rémunération des services environnementaux et sociaux rendus par la bio, elle est encore plus incertaine.

Bérengère Lafeuille