Le site Science Express a publié, le 29 mars 2012, deux articles issus de travaux sur les effets des insecticides de la famille des néonicotinoïdes sur les abeilles et les bourdons.

La première étude provient du travail d'une équipe britannique (université de Stirling). Des colonies de bourdons (Bombus terrestris) en développement ont été exposées à de faibles niveaux d'imidaclopride. « Les doses employées correspondaient à l'exposition habituelle des insectes dans la nature », informe Dave Goulson. Les bourdons ont été placés dans un terrain clos dans des conditions naturelles durant six semaines.

Les données de cette première étude ont démontré que les colonies exposées à la matière active avaient pris moins de poids que les autres (-8 % à -12 %), « ce qui suggère qu'elles s'étaient moins nourries ». La production de reines avait également diminué de 85 %. « Ce dernier point est particulièrement important car, s'il y a 85 % de reines en moins, cela peut signifier 85 % de nids en moins l'année suivante », appuie le chercheur de l'université de Stirling, qui rappelle que les bourdons polonisent beaucoup de cultures et de fleurs sauvages.

La seconde étude, menée par Mickaël Henry (Inra Avignon), a permis de marquer les abeilles qui se déplaçaient en collant, sur leur thorax, une minuscule puce à radio-identification (ou RFID). Ce dispositif innovant a permis de suivre ces hyménoptères dans leurs allées et venues, notamment ceux à qui une dose sublétale de thiamethoxam avait été donnée.

Cette fois, les résultats obtenus ont montré que les abeilles exposées au thiamethoxam avaient deux ou trois fois plus de risques de mourir à l'extérieur de leur ruche. Pour les chercheurs français, « ces décès se produisaient probablement parce que le pesticide interférait avec le système de localisation de la ruche des abeilles. »

« Notre étude soulève la question importante des procédures d'autorisation des pesticides. Jusqu'à présent, elles demandaient surtout aux fabricants de s'assurer que les doses rencontrées sur le terrain ne tuaient pas les abeilles, mais elles ont complètement négligé les conséquences de doses non létales qui peuvent cependant provoquer des problèmes de comportement », fait savoir Mickaël Henry.

Dans un communiqué diffusé jeudi soir, le ministère de l'agriculture annonce, en réaction à l'étude de Science, qu'il « lance la procédure de réévaluation de l'autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR ».

 

Il annonce également qu'il « a immédiatement saisi l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) de cette étude. L'avis de l'Anses est attendu avant le 31 mai 2012. Si ces nouvelles données scientifiques étaient confirmées, l'autorisation de mise sur le marché du Cruiser serait retirée ».

Le ministère a « également demandé à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) et à l'Association de coordination technique agricole (Acta) d'accélérer les recherches en plein champ pour évaluer si les éléments de cette expérimentation se retrouvent en conditions réelles ».

Le ministère « saisit également la Commission européenne et l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) de cette étude. Il demande d'en tirer toutes les conséquences pour l'évaluation européenne du thiamethoxam et, le cas échéant, de compléter le cadre harmonisé de l'évaluation des produits phytosanitaires pour les abeilles ». 

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C.F.