Deux employés de l’abattoir étaient poursuivis pour « mauvais traitements infligés sans nécessité », un autre pour « sévices graves et actes de cruauté » (il a été licencié).

Gestionnaire de l’abattoir, la communauté de communes du Pays viganais est poursuivie pour « abattage ou mise à mort d’un animal sans précaution pour lui éviter de souffrir ». Il y avait neuf parties civiles : L214 est à l’origine de la plainte. L’association de défense animale dit avoir filmé l’abattoir entre juin 2015 et février 2016. Des dates contestées par certains avocats. Se sont joints à L214 comme partie civile, l’OABA (Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs), l’Alliance anticorrida, l’association One Voice, l’association Commission de protection des eaux, la Fondation Brigitte Bardot, la SPA, 30 millions d’amis…

Un an avec sursis et 3 400 euros d’amende pour un ouvrier

Vendredi matin le procureur a réclamé 12 mois avec sursis pour le principal accusé, avec interdiction de travailler dans un abattoir pendant cinq ans et de détenir des animaux de rente et 3 400 euros d’amende. Pour le deuxième salarié prévenu, 600 euros d’amende sont réclamés et 150 euros pour le troisième. Concernant la communauté de communes du Pays Viganais, le procureur a réclamé six amendes de 1 000 euros chacune.

Face au procureur, l’avocat du principal accusé a demandé la relaxe : « dans ces trois minutes de vidéos de souffrance animale, je n’ai vu que de la souffrance ouvrière… Avec un million de vues sur internet, je pense que la peine est là ». Un autre prévenu, par ailleurs agriculteur, avait parlé la veille devant les journalistes de l’utilité de cet abattoir dans les démarches de qualité du territoire et du maintien de la petite agriculture. Il a également souligné le manque de personnel. Ce vendredi, il s’est présenté, toujours sans avocat, pour déclarer que le geste qu’on lui reprochait, un coup de pied, était un geste lié à sa sécurité et non pas à de la maltraitance. La présidente a mis le jugement en délibéré au 28 avril prochain.

Un procès qui en cache un autre

Mais ce procès est-il seulement celui des dysfonctionnements de cet abattoir ou prémonitoire de celui de tous les abattoirs ? Il n’est pas question ici d’amoindrir le choc de ces images et la nécessité de revoir les procédures pour que les animaux souffrent le moins possible. Mais s’agit-il d’un événement exceptionnel, lié à l’organisation de ce seul abattoir ? Doit-on revoir les procédures d’abattage dans tous les abattoirs ? Doit-on aller plus loin et changer carrément le système de production et d’abattage « intensif » ? Ou doit-on franchir une autre étape ? Et interdire carrément les abattages et donc l’élevage ?

Il n’est pas anodin que les responsables de l’association L214 soulignent à longueur d’interviews qu’il s’agit là d’un abattoir en quelque sorte « idéal », petit, certifié bio, pour des circuits courts, les boucheries locales, à faible cadence d’abattage. Autrement dit : même les petits abattoirs génèrent une souffrance animale intolérable puisque cela se termine par la mise à mort d’êtres vivants, doués de sensibilité.

L’interdiction de l’abattage pointe à l’horizon.

L’interdiction de l’abattage pointe à l’horizon. Même si l’avocate de L214 lors du procès, a pris le soin de préciser qu’il « ne s’agit pas aujourd’hui de faire le procès des abattoirs […] Mais de dire qu’il y a une impérieuse nécessité à condamner les comportements qui sont en contradiction avec le bien-être animal ».

Lors des échanges devant le tribunal, le décalage entre les accusés et les parties civiles sautait aux yeux. À la présidente qui lui demande : « les animaux qui arrivent à l’abattoir, vous les voyez comment ? », le salarié sur les épaules duquel reposent les plus graves accusations, répond : « comme des animaux ». Le problème, c’est que cette réponse, en apparence évidente, ne recouvre pas pour tous, la même réalité.

Les associations abolitionnistes, parties civiles dans ce procès, traduisent « des êtres vivants, doués de sensibilité qui ne devraient plus être mis à mort ».

Une tribune parue ce vendredi dans le quotidien « Libération » intitulée « L’abattoir du Vigan ou l’industrialisation du meurtre alimentaire » et signée des hérauts habituels de la cause animale, le souligne : « c’est l’existence même des abattoirs qu’il va pourtant falloir, tous ensemble, oser remettre en cause. Trois salariés […] seront jugés pour avoir été les rouages d’un système où le meurtre est organisé sur un mode industriel… ». Voilà le dessin véritable de ce procès pour les associations abolitionnistes.

Cette tribune parue dans Libération peut être qualifiée, à la légère, de « parisienne » ou de propos de « bobos ». Mais les associations abolitionnistes font de plus en plus d’émules, peu nombreux mais très actifs, partout en France, y compris dans les petites villes. Un défi à contrer pour les agriculteurs.

Marie-Gabrielle Miossec